CARL VON LINNÉ, VOYAGE EN LAPONIE

Astrolabe N° 6
CRLV – Université Paris-Sorbonne
Carl Von Linné, voyage en Laponie
« J’ai vu les entrailles de la terre […]. Je suis monté dans le vent […]. J’ai vécu l’hiver et l’été en un seul jour. J’ai traversé les nuages. J’ai visité le bout du monde. J’ai vu la retraite nocturne du soleil.»

Carl von Linné,
Voyage en Laponie

« J'ai vu les entrailles de la terre [...]. Je suis monté dans le vent [...]. J'ai vécu l'hiver et l'été en un seul jour. J'ai traversé les nuages. J'ai visité le bout du monde. J'ai vu la retraite nocturne du soleil. »

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Carl von Linné, Voyage en Laponie, Paris,
La Différence coll. « Minos », 2002
(traduction de Turid Wadstein-Gette et Paul-Armand Gette, présentation et notes de Paul-Armand Gette)

Le 12 mai 1732 un jeune étudiant suédois en botanique part pour un voyage à travers la Laponie, pour en investiguer la flore et les animaux : son nom est Carl Linnaeus, qui deviendra Carl von Linné après avoir été anobli.

Né le 23 mai 1707 à Råshult, dès les premières années Linné ne montre pas un grand intérêt pour les études, sauf une attention particulière vers la botanique et la physiologie ; soutenu par le professeur Johan Rothman (Physices Lector), en 1727 il s'inscrit à l'Université de Lund (où il commence à réaliser ses premiers herbaria) et ensuite à l'Université de Uppsala, où Linné vit ses premiers temps dans une pauvreté prolongée, en suivant les cours de médecine. Dans le jardin de l'Académie des Sciences, Linné rencontre un jour Olof Celsius qui est étonné des connaissances en botanique du jeune étudiant. Grâce aux interventions de Celsius et du professeur Rudbeck Linné commence à donner des cours, et en 1730 décide d'entreprendre son travail de description des plantes en les classifiant d'après les organes sexuels, comme il l'expose dans son Hortus uplandicus. C'est dans ce cadre d'études qu'en 1732, financé par la Société des Sciences grâce à l'intérêt de Anders Celsius, Linné s'engage dans son voyage à travers la Laponie pendant l'été.

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 Linné en costume de lapon

Ses études à Uppsala terminées, Linné se rend à Harderwijk pour passer son doctorat en médecine et c'est également dans la ville hollandaise qu'il soutient sa thèse le 24 juin 1735. Après avoir publié un de ses chef-d'œuvres, le Systema Naturae, Linné commence son « grand tour » européen : il visite l'Angleterre en 1736, est très intéressé par les jardins de Chelsea et de Oxford, puis revient à Amsterdam et à Leyde pendant l'hiver 1738. Enfin, au printemps, c'est le départ pour la France. Linné admire le jardin botanique de Paris, les herbiers de Jussieu et voyage à travers la Bourgogne et à Fontainebleau accompagné par Bernard, frère de Jussieu. Enfin, avant de repartir pour la Suède, Linné est nommé correspondant de l'Académie des Sciences de Paris.

En 1741, Linné devient professeur de médecine et, ensuite, de botanique à l'Université de Uppsala, fonction qu'il occupera jusqu'à sa mort. Pendant les années suivantes, il continue ses recherches botaniques en Suède, aux îles d'Åland et Gotland, en publiant en 1753 le Species plantarum qui recueille la description d'environ 8000 espèces de végétaux différents. Depuis 1747 il était médecin royal et en 1761 il est anobli ; il s'éteint le 10 janvier 1778, la même année que Rousseau et Voltaire.

L'Iter Lapponicum est le seul carnet de voyage que Linné n'a jamais publié pendant sa vie. Écrit en latin, plein de citations, de remarques et de nomenclatures latines de plantes et animaux, ce récit est en effet un carnet de route, sur lequel Linné annotait ses impressions et les choses qui le frappaient le plus pendant son tour de la Laponie suédoise, norvégienne et finlandaise. Des petits dessins disséminés au cours du texte accompagnent les descriptions de fleurs, d'oiseaux, d'objets (comme le traîneau et le sauna), en permettant au lecteur de 'voyager' avec l'auteur et de partager avec lui les difficultés d'un si long et compliqué périple, effectué presque complètement à pieds, sauf certaines parties à cheval ou en bateau. Premier de toute une série de voyageurs nordiques dans leur propre pays, Linné est aussi le premier à spécifier, dans la toute première page du carnet, son équipement : vêtements, sacs pour transporter des plantes et des racines, livres et carnets de note, couteaux et toute une réserve de passeports et de lettres de présentations signées par les gouverneurs pour faciliter les déplacements dans les différents départements. Le tout avec la précision d'un homme de sciences.

La traduction, ou comme disent les deux éditeurs, la mise en français suppose un travail très minutieux sur le texte original, avec un excellent apparat de notes en bas de page, pour les traductions ou les explications des termes botaniques latins et une belle biographie de Linné, tirée des curricula vitae écrits par Linné lui-même pendant sa vie : une intéressante façon de lire ses expériences à travers sa propre voix.

Quatrième de couverture

Né en 1707, mort en 1778, Carl von Linné, scientifique suédois, s'est rendu célèbre par la réforme qu'il a introduite dans l'appellation et la classification des êtres vivants. Ses prises de position sont au croisement des sciences et de la philosophie. Après son voyage en Laponie (1732), il séjourne en Hollande où il obtient un doctorat en médecine (1735), en Angleterre (1736) et en France (1738). Rentré en Suède, il exerce la médecine à Stockholm, avant d'être nommé professeur à l'Université d'Uppsala (1740), où il se consacre essentiellement à la botanique.

 « J'ai vu les entrailles de la terre à 450 aunes de profondeur. Je suis monté dans le vent jusqu'à une mille. J'ai vécu l'hiver et l'été en un seul jour. J'ai traversé les nuages. J'ai visité le bout du monde. J'ai vu la retraite nocturne du soleil. »

On trouvera dans les notes de Linné l'enthousiasme de la jeunesse, mais aussi un humour critique dans les descriptions qu'il donnera des situations qui l'on visiblement irrité. Rien n'échappera à son regard et si les sciences de la nature le passionnent, les mœurs et coutumes des populations rencontrées feront l'objet d'études que ne désapprouveraient pas les ethnologues contemporains. Quand les mots manqueront, le dessin prendra le relais, montrant un talent où la rapidité du trait et la sûreté de la main produisent des croquis pleins de charme et d'une grande exactitude.

Alessandra Grillo

Référence bibliographique:

Carl von Linné, Voyage en Laponie, Paris, La Différence coll. « Minos », 2002, 320 p., 10,00 €, 1 carte de la Laponie et 58 dessin in-texte en noir et blanc, ISBN 2-7291-1412-2

Pour citer cet article:

Référence électronique
Alessandra GRILLO, « CARL VON LINNÉ, VOYAGE EN LAPONIE », Astrolabe [En ligne], Octobre 2006, mis en ligne le 25/07/2018, URL : https://astrolabe.msh.uca.fr/octobre-2006/dossier/carl-von-linne-voyage-en-laponie

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