UNE NOUVELLE PERCEPTION DU MONDE

Astrolabe N° 7
Università di Siena
Une nouvelle perception du monde
L’automobile, héroïne du roman dans l’exemple de Mirbeau, Pirandello et Bontempelli

Partir c'est une industrie
Une nouvelle perception du monde:
L'automobile, héroïne du roman dans l'exemple de Mirbeau, Pirandello et Bontempelli

 

Partir c'est une industrie. Les voyages changent comme changent les techniques. On a parcouru l'Europe en voiture attelée, suivi, ensuite, les rails de chemin de fer, exploré, plus tard, à bicyclette et en automobile, des espaces nouveaux[1].

L'avènement du XXe siècle marque le début d'une époque nouvelle, caractérisée par un grand développement technologique et par l'introduction des nouveaux moyens de communication et de perception, tels le cinéma, la photographie, la radio, l'avion et l'automobile. Les vingt premières années du XXe siècle reflètent beaucoup l'influence de la technologie sur la littérature. L'automobile, en particulier, s'impose comme le symbole du progrès, de la domination et de la liberté. C'est un nouveau moyen de transport, mais c'est surtout un moyen d'exploration qui introduit une nouvelle façon de voyager et donc de percevoir les lieux. On peut dire que l'automobile devient bientôt un instrument de connaissance.

Par le passé la façon de voyager était souvent imposée. On voyageait en train ou bien en carrosse. Le chemin de fer, comme le disent plusieurs voyageurs, contraint le voyage dans des routes fixes et imposées. Il avait été projeté pour relier les principales villes européennes, en suivant les vieux itinéraires du Grand Tour. Il ne favorisait pas la communication entre les différentes cultures et populations. Le train avait annihilé le voyage d'aventure qui avait caractérisé pour tant d'années les voyages et les carnets de voyage.

Le voyage a toujours impliqué la découverte de nouveaux pays, de nouvelles idées et cultures ; aujourd'hui il n'existe pas de nouvelles frontières à franchir : elles sont toutes vues et connues ; chaque lieu de la terre a été décrit dans le récit de voyage d'un ou de plusieurs voyageurs. Dans son livre récent The Art of Travel[2], Alain de Botton, voyageur moderne, fait une comparaison entre le voyageur classique, dont l'entreprise a un but scientifique, et le voyageur moderne, qui, comme l'auteur lui-même, est aveugle à tout ce qui l'entoure. La vie quotidienne provoque en lui ennui et désir de fuir vers un monde nouveau, un monde merveilleux. Au début du XXe siècle, l'automobile devient le nouveau moyen de percevoir l'espace et le monde : on ne doit pas chercher des nouveaux lieux à découvrir, il suffit de le découvrir avec des yeux différents. Elle - la fabuleuse licorne dont parle Mirbeau - devient aussi le moyen le plus convenable pour visiter une ville, un pays, ou pour suivre un itinéraire qui se tiendrait hors des routes battues par le chemin de fer :

Je ne peux pas me faire à l'idée qu'un jour, je ne posséderais plus cette bête magique, cette fabuleuse licorne qui m'a emporté sans secousses, le cerveau le plus libre, l'œil le plus aigu, à travers les beautés de la nature, les diversités de la vie et les conflits de l'humanité[3].

L'automobiliste est celui qui décide de voyager avec un moyen de transport qui lui permet d'interagir avec le monde qui l'entoure et qu'il rencontre pendant son voyage. Il peut s'arrêter, descendre de l'auto et parler avec les personnes qu'il voit, connaître leurs habitudes et leurs idées, cueillir tous les traits d'un lieu :

Non seulement l'automobile nous emporte, de la plaine à la montagne, de la montagne à la mer, à travers des formes infinies, des paysages contrastés, du pittoresque qui se renouvelle sans cesse ; elle nous mène aussi à travers des mœurs cachées, des idées en travail, à travers de l'histoire, notre histoire vivante d'aujourd'hui...[4]

Mirbeau dit que l'automobile est toute sa vie, artistique et spirituelle, beaucoup plus que sa maison. Elle est plus remplie d'enseignements qu'une bibliothèque fixe et immobile ; les richesses qu'elle offre il suffit de les cueillir au passage :

L'automobile m'est plu chère, plus utile, plus remplie d'enseignements que ma bibliothèque, où ces livres fermés dorment sur leurs rayons, que mes tableaux, qui, maintenant, mettent de la mort sur les murs, tout autour de moi, avec la fixité de leur ciel, de leurs arbres, de leurs eaux, de leurs figures... dans mon automobile, j'ai tout cela car tout est remuant, grouillant, passant, changeant, vertigineux, illimité, infini... J'entrevois, sans en être troublé, la dispersion de mes livres, de mes tableaux, de mes objets d'art[5].

L'automobile procure des sensations nouvelles, des connaissances nouvelles, celles qui sont nées de la route: une réalité complètement différente. Tout ce que le conducteur voit ou touche, comme un nouveau Midas, se change en « richesses sans cesse renouvelées[6] »

Dans les relations des premiers voyages en automobile, les auteurs préfèrent décrire et exalter le voyage matériel plutôt que la topographie du lieu: les routes et leurs conditions, les auberges, les réactions des hommes au passage de l'automobile, les pannes, et tous les accidents mécaniques. Le texte, tout en maintenant sa forme de carnet de voyage, nous rappelle plutôt le roman d'aventure, dans lequel le voyageur perdait son identité et devenait le héros engagé dans des entreprises incroyables.

Par conséquent, la littérature de voyage, dans cette période, est influencée même à un niveau linguistique: l'invention de l'automobile correspond à l'introduction de mots et d'expressions linguistiques tout à fait nouveaux pour un texte littéraire. Mirbeau dit que les mécaniciens utilisent des termes techniques pour séduire les automobilistes et leur extorquer de considérables sommes d'argent :

Ils ne risquaient rien, ni le mécanicien, ni le garage, car ils tablaient, à coup sûr, sur l'ignorance du client, à qui il suffisait, pour qu'il se tût, qu'on lui lançât à propos une belle expression technique :

- Mais, monsieur, c'est le train baladeur. C'est l'arbre de camme... C'est le cône d'embrayage... C'est le différentiel... Le différentiel, monsieur... pensez donc !

Contre de si terribles mots, que vouliez-vous qu'il fît ? ... Qu'il payât... Et il payait... Il se montrait même assez fier d'avoir acquis le droit de dire à ses amis :

- Je suis ravi de ma machine... Elle va très bien... Hier j'ai eu une panne au différentiel...[7].

Le vrai changement dans la façon de voyager, ce qui distingue le voyage en carrosse du voyage en automobile, est la vitesse, la vitesse mêlée au confort et à la liberté de mouvement et de translation: le train était rapide, mais il ne permettait pas de rejoindre le cœur même d'une ville, d'un pays; le carrosse le permettait, mais il n'était pas rapide :

[La vitesse] cette sensation que, seule, l'automobile peut donner, car les chemins de fer, qui ont leurs voies prisonnières, toujours pareilles, leurs populations parquées, toujours pareilles, leurs villes encloses que sont les chantiers et les gares, toujours pareilles, ne traversent réellement pas les pays, ne vous mettent pas en communication directe avec leurs habitants...[8].

L'automobile a le mérite d'avoir ressuscité l'ancien esprit du voyage et de l'aventure. Il n'y a plus d'horaires fixes et d'itinéraires à suivre, et d'arrêts obligés:

Quelle merveille ! On part quand on veut. On s'arrête où l'on veut. Plus de ces horaires tyranniques, qui vous arrachent du lit trop tôt, qui vous font arriver à des heures stupides de la nuit, dans des gares boueuses et compliquées. Plus de ces promiscuités, en d'étroites cellules, avec des gens intolérables, avec les chiens, les valises, les odeurs, les manies de ces gens...[9].

La 628-E8 est le carnet d'un voyage en automobile à travers la France, la Hollande, la Belgique et l'Allemagne. Le titre du roman reproduit la plaque d'immatriculation de la voiture avec laquelle Mirbeau fait son voyage, une C.-G.-V. construite par Fernand Charron (auquel Mirbeau adresse la Dédicace du livre). Décrite comme un personnage humain, avec une âme et des organes, « avec ses poumons et son cœur d'acier, son système vasculaire de caoutchouc et de cuivre, son innervation électrique[10] », l'automobile prend dans cette œuvre le rôle du protagoniste féminin, de la femme qui fascine avec sa beauté et qui fait tourner le visage des hommes à son passage sur la route. Le chauffeur, l'autre protagoniste du roman, s'occupe aimablement de l'automobile : « Il aime sa machine, il en est fier, il en parle comme d'une belle femme[11] ». Il a hérité du voiturin le devoir d'organiser le voyage et de conduire les voyageurs indemnes à leur destination. Avec l'automobile, il est le véritable héros de la route, doué de sang-froid, de prudence et de hardiesse, c'est « un excellent compagnon de route[12] ». Sa tenue et son air de supériorité et de mystère font de lui un séducteur :

Les mécaniciens exercent sur l'imagination des cuisinières et des femmes de chambre un prestige presque aussi irrésistible que les militaires. Ce prestige a une cause noble ; il vient du métier même qu'elles jugent héroïque, plein de dangers, et qu'elles comparent à celui de la guerre. Pour elles, un homme toujours lancé à travers l'espace, comme la tempête et le cyclone, a vraiment quelque chose de surhumain. [...] Je pense qu'elles se font une idée semblable du mécanicien d'automobile[13] ».  

Le mythe de l'automobile protagoniste des romans, et du chauffeur est un des sujets principaux du Manifesto del Futurismo[14] (1909) et du Manifesto Tecnico della Letteratura Futurista (1912) de Filippo Tommaso Marinetti. Dans ce dernier texte Marinetti dicte les règles d'une littérature nouvelle dans les thèmes et dans le style. Dans le onzième paragraphe du Manifesto Tecnico, l'auteur parle du rôle de la femme assumé par la machine dans la littérature moderne:

Guardatevi dal prestare alla materia i sentimenti umani, ma indovinate piuttosto i suoi differenti impulsi direttivi, le sue forze di compressione, di dilatazione, di coesione e di disgregazione, le sue torme di molecole in massa o i suoi turbini di elettroni.  Non si tratta di rendere i drammi della materia umanizzata. E' la solidità di una lastra d'acciaio, che c'interessa per se stessa cioè l'alleanza incomprensibile e inumana delle sue molecole o dei suoi elettroni, che si oppongono, per esempio, alla penetrazione di un obice. Il calore di un pezzo di ferro o di legno è ormai più appassionante per noi, del sorriso o delle lagrime di una donna. Noi vogliamo dare, in letteratura, la vita del motore, nuovo animale istintivo del quale conosceremo l'istinto generale allorché avremo conosciuti gl'istinti delle diverse forze che lo compongono[15].

Les vingt premières années du vingtième siècle reflètent de manière remarquable l'influence des avancées technologiques sur la littérature et les arts. Octave Mirbeau se présente comme le modèle ou le prototype, suivi de nombreux auteurs qui parleront de la voiture comme d'une femme, protagoniste et compagne de voyage. Parmi ces écrivains figure Massimo Bontempelli qui publie en 1932 un roman qui semble s'inspirer de l'œuvre de Mirbeau même en ce qui concerne le titre : 522. Racconto di una giornata : tout comme 628-E8 est la plaque d'immatriculation de la voiture de Mirbeau, 522 est le modèle de la Fiat de Bontempelli, et on dirait que ce sont les prénoms de ces femmes-automobiles.

Dans son livre de 1932, Bontempelli raconte à la troisième personne la première sortie en plein air de 522, comme si c'était un enfant qui fait ses premiers pas : « 522 corre, mossa dal piacere di vivere e scoprire la terra[16] ». À la fin de la journée, 522 sera satisfaite de « sentirsi fatta matura[17] ».

La femme-auto est vêtue de « lame brillanti, un cofano bruno, l'epidermide fulgida del radiatore ». Elle court sur les routes, freine, braque, pense, souffre et se sent humiliée quand une autre automobile la double :

[E]ra tutta soddisfatta di tenere così bene la strada, rasentando quasi i tronchi dei pioppi, si compiaceva nel girare con slancio o tagliare direttamente le curve. A un certo punto vide che la strada si metteva in salita :  sempre ubbidendo a quello strano superiore istinto, tolti un po' di giri al motore la affrontò con sicurezza. Poi la strada tornava piana e 522 ricominciò a correre agevole. Fino a qui era stata sola nella strada e nel mondo ;  ora cominciò a incontrar gente di tutte le specie.  La prima fu un'altra automobile, che veniva dalla parte opposta[18].

Dans les premières pages du livre, l'homme n'est pas mentionné: ce n'est pas l'homme qui freine, braque et court sur la route. Dans ce texte il n'y a aucun mythe du chauffeur, dont Mirbeau faisait le co-protagoniste de la route, avec la voiture. Bontempelli ne présente l'homme qu'au moment où l'auto a besoin de lui pour faire le plein d'essence. C'est il servo portatile :

Non c'eravamo ricordati di avvertire che la 522 si portava addosso un uomo, un essere, vogliamo dire, simile a quelli che la avevano fabbricata; se lo portava, per farsi da lui aiutare all'occorrenza. Così accadde ora; quel suo servo (che era un giovanotto bruno) scese per aiutarla a bere e a ricomporsi, avendo cura lui di aprire e poi riabbassare e richiudere il cofano. Questi servi portatili sono davvero comodissimi[19].

Tandis que l'automobile pense à sa vie spirituelle, c'est-à-dire à rouler en choisissant sa direction, il servo portatile doit pourvoir aux besoins matériels de la voiture.

Cette vision, qui souligne la confusion des rôles entre l'homme et la machine, nous la trouvons aussi chez un autre auteur italien, Luigi Pirandello, qui écrit en 1915 les Quaderni di Serafino Gubbio operatore. Ces « monstres » - les machines - qui devaient rester des instruments au service de l'homme, sont devenus maîtres, et l'homme n'est que « una mano che gira una manovella ». L'homme-Pirandello est passif par rapport à la femme-machine : avec sa machine (une caméra) dans la main, il met la maschera dell'impassibilità: « Anzi, ecco : non son più. Cammina lei, adesso, con le mie gambe. Da capo a piedi son cosa sua : faccio parte del suo congegno. La mia testa è qua, nella macchinetta, e me la porto in mano[20].

Pirandello reste détaché de l'automobile et il juge négativement la perception nouvelle du monde qu'elle nous offre : tout comme Vernon Lee disait que la vitesse était un problème parce qu'elle ne permet que des visions éphémères et rapides de la réalité et du paysage, Luigi Pirandello dénonce les machines qui détruisent la spiritualité, l'art et la réalité. La vitesse anéantit le paysage et ne permet pas la moindre perception des lieux qu'on traverse ; il est beaucoup plus agréable d'avancer lentement et de jouir du paysage et de la réalité qui nous entoure :

Un lieve sterzo. C'è una carrozzella che corre davanti. - Po', pòpòòò, pòòò.  Che?  La tromba dell'automobile la tira indietro?  Ma sì!  Ecco pare che la faccia proprio andare indietro, comicamente.  Le tre signore dell'automobile [tre attrici della Kosmograph, l'azienda cinematografica nella quale lavora il protagonista, Serafino Gubbio] ridono, si voltano, alzano le braccia a salutare con molta vivacità, tra un confuso e gajo svolazzìo di veli variopinti. [...] Le tre signore [...] hanno salutato con molta vivacità la carrozzella strappata indietro dalla loro corsa meccanica non perché nella carrozzella ci sia qualcuno molto caro a loro; ma perché l'automobile, il meccanismo, le inebria e suscita in loro una così sfrenata vivacità. [...] che avete veduto voi? Una carrozzella dare indietro, come tirata da un filo, e tutto il viale assaettarsi avanti in uno striscio lungo confuso violento vertiginoso. Io, invece, ecco qua, posso consolarmi della lentezza ammirando a uno a uno, riposatamente, questi grandi platani verdi del viale, non strappati dalla vostra furia, ma ben piantati qua [...][21].

La littérature du XXe siècle, influencée par la technologie, reflète la réalité et décrit l'évolution de l'homme par rapport aux machines qu'il a construites : si Mirbeau fait l'éloge de la vélocité, Bontempelli écrit dans le but de montrer l'automobile, objet d'élite, qui se transforme en outil domestique, à l'usage de tout le monde ; cette transformation est due au taylorisme et à la baisse du prix des voitures au public. En outre, la voiture de Bontempelli a « la museruola al carburatore », c'est-à-dire qu'elle est en rodage et ne peut pas rouler à plus de 70 km/h : c'est donc un moyen de transport sûr.

Dans le texte de Bontempelli se concrétise le souhait de Mirbeau que l'automobile puisse devenir un instrument démocratique, à la portée de tous.

Mirbeau est le premier anneau de la chaîne, il introduit un monde nouveau et une nouvelle façon de voir et d'apprécier ce monde à travers les vitres de son automobile en mouvement. Les hommes et les animaux qu'il rencontre sur la route ne comprennent pas le progrès qu'il symbolise, et il doit lutter contre leur ignorance. Bontempelli, de son côté, a déjà connu l'évolution de ce monde technologique dans lequel l'automobile elle-même a subi une transformation. Entre Mirbeau et Bontempelli, Pirandello sert de trait d'union : sa vision négative reflète la peur de devenir le servo portatile des machines et des voitures et il évoque avec nostalgie les temps où l'homme était un poète et possédait des sentiments :

L'uomo che prima, poeta, deificava i suoi sentimenti e li adorava, buttati via i sentimenti, ingombro non solo inutile, ma anche dannoso, e divenuto saggio e industre, si è messo a fabbricar di ferro, d'acciaio le sue nuove divinità ed è diventato servo e schiavo di esse.

Viva la Macchina che meccanizza la vita![22].

Raffaella Cavalieri
 


  1. ^ In: Catherine Bertho Lavenir, La Roue et le stylo. Comment nous sommes devenus touristes, Editions Odile Jacob, 1999, Paris, p. 9.
  2. ^ Botton Alain de, The Art of Travel, London Hamish Hamilton, 2002, trad. it. Rusconi Anna, L'arte di viaggiare, Parma, Guanda, 2002, trad. française, Art du voyage, Paris, Mercure de France, 2003.
  3. ^ Mirbeau, Octave, La 628-E8, Ed. Fasquelle, Paris, 1908, in Dédicace, pages X-XI.
  4. ^ Ibid., VI.
  5. ^ Ibid., X.
  6. ^ Idem.
  7. ^ Ibid., 14.
  8. ^ Ibid., p. IX.
  9. ^ Ibid., p. 8-9.
  10. ^ Ibid., XV.
  11. ^ Ibid., p. 18.
  12. ^ Ibid.
  13. ^ Ibid., p. 19.
  14. ^ Marinetti, Filippo Tommaso, Il Manifesto del Futurismo, 1909, § 5: "Noi vogliamo inneggiare all'uomo che tiene il volante, la cui asta attraversa la Terra, lanciata a corsa, essa pure sul circuito della sua orbita" ["Nous voulons chanter l'homme qui tient le volant dont la tige idéale traverse la Terre, lancée elle-même sur le circuit de son orbite"].
  15. ^ Marinetti, Filippo Tommaso, Il Manifesto del Futurismo, 1909: «Gardez-vous de prêter à la matière des sentiments humains, mais devinez plutôt ses impulsions directrices, ses forces de compressions, de dilatation, de cohésion et de désagrégation, ses foules de molécules en masse, ou se tourbillons d'électrons. Il ne s'agit pas de rendre les drames de la matière humanisée. C'est la solidité d'une plaque d'acier qui nous intéresse en elle-même, c'est-à-dire l'alliance incompréhensible et inhumaine de ses molécules ou de ses électrons, qui s'opposent, par exemple, à la pénétration d'un obus. La chaleur d'un morceau de fer ou de bois est désormais plus passionnante pour nous que le sourire ou les larmes d'une femme. Nous voulons donner, en littérature, la vie du moteur, nouvel animal instinctif dont nous connaîtrons l'instinct général lorsque nous aurons connu les instincts des diverses forces qui le composent ».
  16. ^ Bontempelli, Massimo, 522. Racconto di una giornata, Scriptorium, Torino, 1995, p. 35: "La 522 court, mue par le plaisir de vivre et de découvrir la terre".
  17. ^ Ibid., p. 111.
  18. ^ Ibid., p. 36: "Elle était toute satisfaite de tenir bien la route, rasant presque les troncs des peupliers, elle se plaisait à tourner avec élan ou à couper les virages. A un certain moment, elle vit que la route commençait à monter: obéissant toujours à cet étrange instinct supérieur, une fois réduite sa vitesse, elle l'affrontait en toute sécurité. Puis la route devint plate et la 522 se remit à courir avec facilité. Jusque là elle avait été seule sur la route et seule au monde, maintenant elle commença à rencontrer des gens de toute espèce. Ce fut en premier lieu une automobile qui venait du côté opposé".
  19. ^ Ibid., p. 39: "Nous avons oublié de prévenir que la 522 portait sur elle un homme, nous voulons dire un être semblable à ceux qui l'avaient fabriquée; elle l'emportait pour s'en faire aider à l'occasion. C'est précisément ce qui arrive maintenant; ce domestique personnel (qui était un jeune homme brun) descendit pour l'aider à boire et à se remettre, en ayant bien soin d'ouvrir puis de rabaisser et de fermer le capot. Ces domestiques portables sont vraiment très pratiques".
  20. ^ Pirandello, Luigi, Quaderni di Serafino Gubbio operatore, Garzanti, Milano, 1999 page 59: "Et même, voilà: je n'existe plus. C'est elle qui marque, avec mes jambes. De la tête aux pieds je suis sa chose: je fais partie de ses rouages. Ma tête est là, dans la petite machine, et je la tiens à la main".
  21. ^ Ibid., p. 52-53: "Une direction légère. Il y a une calèche qui court devant. - Po', pòpòòò, pòò. Qu'est-ce que c'est? Le klaxon de l'automobile qui la tire en arrière? Mais oui! Voilà qu'elle semble bien la faire reculer, comiquement. Les trois dames de l'auto [trois actrices de la Kosmograph, la compagnie du cinéma où travaille le protagoniste, Séraphin Gubbio] se mettent à rire, se retournent, lèvent les bras et saluent avec beaucoup de vivacité, en un envol confus et joyeux de voiles bariolés [...]. Les trois dames [...] ont salué avec beaucoup de vivacité la calèche qui a été arraché vers l'arrière par leur course mécanique, non pas que, dans la calèche il y ait quelqu'un qui leur soit très cher, mais parce que l'automobile, le mécanisme, les enivrent et suscitent chez elles une telle vivacité sans frein. Eh bien, qu'est-ce que vous avez vu? Une calèche qui fait marche arrière, comme si elle était tirée par un fil, et toute l'avenue qui est bouleversée devant en un glissement long, confus, violent, vertigineux. Moi, au contraire, voilà que je peux me consoler de la lenteur en admirant un à un, tranquillement, ces grands platanes verts de l'avenue, qui n'ont pas été arrachés par votre hâte, mais qui sont bien plantés, là".
  22. ^ Ibid., p. 8: "L'homme qui, jadis, déifiait ses sentiments et qui les adorait, une fois débarassé de ses sentiments, encombre non seulement inutile, mais nuisible aussi, et devenu sage et industrieux, s'est mis à fabriquer en fer et en acier ses nouvelles divinités, et il en est devenu le domestique et l'esclave. Vive la Machine qui mécanise la vie!".

Pour citer cet article:

Référence électronique
Raffaella CAVALIERI, « UNE NOUVELLE PERCEPTION DU MONDE », Astrolabe [En ligne], Novembre 2006, mis en ligne le 25/07/2018, URL : https://astrolabe.msh.uca.fr/novembre-2006/dossier/une-nouvelle-perception-du-monde