1937 ET 1938 : MUSSOLINI EN ALLEMAGNE, HITLER EN ITALIE

Astrolabe N° 11
CRLV – Université Paris-Sorbonne
1937 et 1938 : Mussolini en Allemagne, Hitler en Italie
La rencontre entre deux dictateurs

1937 ET 1938 : MUSSOLINI EN ALLEMAGNE, HITLER EN ITALIE
La rencontre entre deux dictateurs

 

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Vendredi

Marius et Sylla vus. Première impression étonnante sur Marius : grotesque et très laid. Il marche comme un guignol, avec virages et mouvements obliques de la tête, qui voudraient atténuer sa taille massive, mais ils ne sont que maladroits et sinistres. Il ferme les yeux, rigole, fait continuellement une comédie d'enfant. Il s'est arrêté devant une reproduction agrandie de la monnaie des ides de mars, longuement, puisque tout le monde le voit. Puis il a prononcé le nom de Brutus avec un sourire ironique, accueilli par les éclats de rire des autres. Il se serre trop à la taille, ce qui le rend encore plus maladroit. Il a la présence antipathique de certaines personnes de campagne, complètement vantardes, juste car ils savent être plus habiles au marché des animaux et car ils ont un gros porte-monnaie. Sylla, à première vue, est moins dégouttant. Convenable, ordonné ; presque modeste. Presque servile, aussi. Une personnalité avec une attitude subordonnée : quelque chose comme un contrôleur de tram. Le visage fané. Marius, au contraire, l'a turgescent, ciré, avec la peau grasse[1].

Marius et Silla : le professeur d'histoire de l'art ancien de l'université de Pise, Ranuccio Bianchi Bandinelli, offre au lecteur cette comparaison avec l'Antiquité, pour montrer Marius-Mussolini et Sylla-Hitler au cours d'une des visites aux musées romains en 1938, pendant le voyage du Führer en Italie. Le choix de ces deux sobriquets n'est pas dû au hasard : Marius commence avec M. (et il faut rappeler qu'au temps du Fascisme on avait l'habitude de ne pas nommer Mussolini avec son nom, mais avec des expressions comme « il/lui » ou « l'Innomé ») et Sylla a une terminaison féminine en italien, ce qui reflète l'incertitude sexuelle d'Hitler. Bianchi Bandinelli n'a jamais manifesté de sympathies envers le régime, bien au contraire, mais à son époque il est quand même reconnu comme le professeur le plus expert dans le domaine ancien et, par conséquent, la personne idéale et la plus préparée pour accompagner le voyage du Führer à travers les merveilles artistiques italiennes. Ses souvenirs de cette expérience sont un témoignage précieux qui reconstruit « de l'intérieur » l'atmosphère du voyage d'Hitler.

La saison des voyages commence le 25 septembre 1937, quand Mussolini arrive en visite officielle à Munich. Hitler avait fait des longs préparatifs, en prenant des contacts avec des décorateurs en fleurs et des experts de peinture italienne. Dominé par une forte passion pour l'architecture, Hitler rêvait de transformer Berlin en une grandiose capitale, du niveau des grandes villes du passé, Rome et Athènes. Il projetait une rue triomphale, sur laquelle exécuter les parades militaires et au bout de laquelle construire le « sanctuaire » du Nazisme, surmonté par un énorme aigle germanique. Le Führer passait ses nuits à dessiner des projets et à les soumettre à Albert Speer, le jeune architecte chargé du grand renouvellement berlinois. Pendant les deux semaines qui précèdent la visite de Mussolini en Allemagne, plusieurs groupes d'ouvriers sont chargés de préparer de monumentales arches de triomphe surmontées de grands M, de drapeaux italiens et allemands, de croix gammées enlacées à de faisceaux de la Rome ancienne. Le début de la visite n'est pas parmi les meilleurs : il n'y a pas beaucoup de personnes le long du parcours accompli par les deux dictateurs en voiture et le premier colloque entre eux finit par être un monologue hitlérien.

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La conférence de Munich. Dans la photo on reconnaît (à partir de gauche) :
Göring, Mussolini, Hitler, Ciano et, derrière, Himmler

 Les choses changent le jour suivant, lors de la parade militaire au Champ de Mai : Mussolini est charmé par la précision et l'organisation des soldats, mais surtout il comprend tout de suite la puissance allemande, quand au contraire le ministre des Affaires Étrangers, Galeazzo Ciano, est plutôt froid face à l'impressionnante « machine militaire » d'Hitler : pendant les premières années de sa carrière politique, Ciano avait été germanophile, mais en 1937 il a déjà compris la dangerosité de l'organisation nazie et commence à se méfier des « amis » allemands :

Du point de vue de la forme, le voyage n'a rien ajouté au protocole de Berlin. En réalité, cependant, la présence du Duce en Allemagne a popularisé l'amitié pour le Fascisme. Je n'ose pas encore pour l'Italie. Le succès personnel de Mussolini est incontestable. Par son dynamisme, sa voix, sa jeunesse impétueuse il a conquis les foules allemandes.

La solidarité de deux Régimes sera-t-elle assez forte pour tenir vraiment unis deux peuples que race, civilisation, religion, goûts, mettent aux antipodes l'un de l'autre ? Personne ne peut m'accuser d'hostilité à l'endroit de la politique germanophile. C'est moi qui l'ai inaugurée. Toutefois, je me demande si l'Allemagne doit être considérée comme un but ou plutôt un terrain de manœuvres ? Les événements de ces jours derniers, et surtout le loyalisme politique de Mussolini, me font pencher en faveur de la première hypothèse. Mais les faits ne se dérouleront-ils pas de façon propre à séparer une fois encore ces deux peuples ?

Nous verrons. Aujourd'hui l'Axe Rome-Berlin est une réalité formidable et de grande utilité. Je chercherai à tirer la ligne Rome-Tokio et le système sera complet.

Il ne faut pas faire des prévisions pour un avenir plus lointain[2].

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Mussolini et Hitler assistent aux parades militaires au Champ de Mai et au Maifeld

La formation et la mobilisation de l'armée impressionnent Mussolini qui éclate dans un « je vous admire, Führer ! ». Dans son discours, Mussolini exalte l'amitié parmi les deux peuples et l'éthique du Fascisme, même si, bien que très applaudi, le très fort accent du Duce ne permet pas aux allemands de comprendre tout ses mots. La visite à Potsdam excite encore plus Mussolini, qui sait que Napoléon était passé dans cette région, et la dernière parade au Maifeld décrète l'apothéose du Duce, qui rentre en Italie encore plus convaincu de l'importance de l'alliance avec Hitler.

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Le départ de Mussolini de l'Allemagne, le 29 septembre 1937

Le Duce a tout intérêt à consolider les relations entre Allemagne et Italie et il commence à organiser immédiatement le voyage d'Hitler en Italie ; l'Anschluss, l'annexion de l'Autriche à l'Allemagne, ne simplifie pas la situation : la partie italienne du Süd-Tirol est toujours menacée et Mussolini ne veut pas signer une complète alliance militaire, en préférant laisser la frontière au pas du Brenner sans mettre sur papier un pacte. Cette alliance est une des raisons, sinon la raison principale, du voyage d'Hitler en Italie et sera, finalement, la déception du Führer, qui revient en Allemagne les mains vides.

Mussolini entreprend toute une série de travaux, surtout à Rome, pour accueillir Hitler d'une façon pompeuse, sachant en outre l'admiration que le Führer a pour la culture et l'architecture ancienne : au cœur des vestiges romaines des forums impériaux, il avait fait ouvrir la rue Triomphale (l'actuelle Via dei Fori Imperiali), idéale pour les parades militaires au milieu des anciens témoignages de la grandeur de Rome. Tous ces travaux, souvent avec l'utilisation de faux arcs et de coulisses en carton-pâte, procurent à Mussolini des critiques, dont les plus célèbres sont les vers du poète romain Trilussa : « Roma de travertino / rifatta de cartone / saluta l'imbianchino / suo prossimo padrone » (Rome en travertin / refaite en carton / salue le peintre en bâtiment / son prochain maître).

La veille de l'arrivée d'Hitler à Rome, six mille anti-fascistes (ou supposés comme tels) sont emprisonnés par précaution et les arrestations continuent pendant les jours suivants. Le portrait de ces jours est bien rendu dans le célèbre film d'Ettore Scola, Une journée particulière, avec Sophia Loren et Marcello Mastroianni : la journée « particulière » de l'arrivée d'Hitler à Rome, vécue par une mère de famille restée à la maison (quand son mari et ses cinq enfants sont allés à la grande parade) et par un ex-animateur de radio, viré car homosexuel et prêt à partir, le soir même, pour la déportation dans une île prison.

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Deux scènes d'Une journée particulière (1977)

Hitler arrive, donc, le 3 mai 1938 à Rome à la gare Ostiense et, visiblement énervé, doit prendre place sur le carrosse royal, à côté de Victor Emmanuel III, plutôt que sur la voiture de Mussolini. Le manque d'estime entre le Führer et le roi d'Italie est bien connu, pendant le parcours de la gare au palais du Quirinal (où Hitler est logé), les deux hommes n'échangent que quelques mots : célèbre est la phrase de Victor Emmanuel qui demande combien de clous ont les chaussures de marche des soldats allemands, question qui ne rend pas le roi plus estimable aux yeux d'Hitler. Les jours de permanence à Rome sont surchargés de pics entre les Allemands et les Italiens : Ribbentrop se plaint avec Ciano du peu de considération que le roi d'Italie a pour Hitler et Mussolini lui fait répondre de patienter : « ça fait seize ans que, moi, je patiente ! » Himmler rappelle qu'au Quirinal il y a une « odeur de catacombe », Ribbentrop soutient que la meilleure chose faite en Allemagne a été de liquider le Kaiser et Goebbels se laisse aller à un portrait de la vie de cour : « Toute cette masse de courtisans. Il faudrait leur tirer dessus ! Ils me font venir la nausée. Et comment ils nous traitent de parvenus ! Dégoûtant et provocateur. Voilà une petite bande de princes. Cela est tellement stupide, idiot, sans tact et ridicule, que l'on ne se retient à peine de vomir. » Enfin, en passant devant le trône, il ajoute : « Conservez-le, ce meuble en velours et or, mais mettez-lui dessus le Duce. Celui-là (en indiquant le roi) est trop petit. » Aux cérémonies publiques, Hitler est toujours à côté de la reine Hélène, pendant que Victor Emmanuel III a à son bras la fille Mafalda, qui a épousé le prince allemand Philipp von Hesse et qui sera faite enfermer par Hitler dans le camp de concentration de Buchenwald, où elle mourra en 1944. Aux banquets officiels, Hitler se venge du froid accueil de la monarchie, en louant Mussolini en présence du roi : « Pour moi le Duce n'est pas seulement un ami, mais aussi un maître ; il n'est pas seulement un homme d'État italien, mais aussi le leader de notre révolution. » De sa part, Victor Emmanuel III soutient qu'Hitler est un « dégénéré psychophysiologique » et qu'il se fait des injections d'excitants et de drogue. Cela expliquerait, toujours selon le roi, l'accident arrivé le premier soir au Quirinal : vers 1 h du matin, Hitler avait demandé une femme, mais après l'étonnement général, apparemment, il semblait que le Führer n'arrivait pas à s'endormir sans avoir vue une femme lui préparer le lit pour la nuit. Mussolini ne fait pas de commentaires sur cela, mais il est convaincu qu'Hitler se met du rouge à lèvres sur les joues pour en cacher la blancheur.

Les journées sont partagées entre les visites artistiques aux musées et les parades militaires : à Rome, Hitler visite la tombe du Soldat Inconnu, il participe à la grande parade dans la rue des Triomphes, dans la baie de Naples il assiste aux manoeuvres de la marine italienne, qui fait plonger et émerger quatre-vingt-dix sous-marins en même temps ; tout cela n'impressionne pas spécialement le Führer et les hauts dignitaires nazis, qui connaissent très bien le vrai manque de puissance italien. Aux félicitations d'Hitler à Mussolini pour la posture et la cadence de la marche des soldats italiens pendant les parades, le Duce

prend courage et, avec un laid sourire malin, dit que les journaux français et anglais ne peuvent pas cacher leur colère pour l'épreuve de force montrée le jour précédent avec la parade navale à Naples. « Désormais, sur la mer aussi, l'Angleterre est finie[3] ».

Bianchi Bandinelli ajoute :

Le souffle me manque presque. Donc cet homme croit vraiment aux bobards que sa radio et ses propagandistes nous racontent ; il ne s'agit pas seulement de propagande, mais de conviction. Et alors, je pense, nous sommes vraiment perdus. Cet homme nous jettera sans hésiter dans une guerre contre l'Angleterre, en croyant pouvoir la battre[4].

Pour ce qui est du domaine artistique, Hitler est charmé par les trésors italiens, il arrivera même à soutenir que Mussolini ne mérite pas toute cette grandeur : au cours des visites, en effet, le Duce se balade d'une peinture à l'autre, avec une attitude ennuyée et en baillant. Le rôle de Bianchi Bandinelli consiste en une présence assurée aux côtés des deux dictateurs pour fournir les explications historiques et artistiques et il note une habitude du Führer :

Ce que je venais de lui expliquer, si cela l'intéressait particulièrement, était de nouveau expliqué par lui à son entourage. Il commençait par « Sehen Sie, meine Herren » (Voyez, Monsieurs) ; et puis tout ce que j'avais dit était répété, mais complètement déformé et adapté pour illustrer une des ses convictions[5].

Hitler est sincèrement attiré par l'art italien, surtout par Guido Reni, Guerchin et les Carrache ; la visite à la Galerie Borghèse lui fait toucher l'extase artistique, en lui faisant regretter d'avoir choisi la carrière politique et rêver de se retirer en retraite dans une villa italienne, pour aller visiter les musées de Rome comme un citoyen ordinaire. Bianchi Bandinelli aperçoit très bien le caractère ambigu du Führer :

En se rapprochant de lui comme ça, on pouvait découvrir en lui l'homme sentimental, le romantique, peut-être le fanatique ; mais on n'arrivait pas à concevoir l'image de lui comme homme d'action, malin, prêt à sauter sur la bonne occasion et à l'exploiter impitoyablement. [...] En parlant comme ça, Hitler donnait l'impression d'être sincère. Ou jouait-il aussi avec moi, comme d'habitude, pour apparaître l'homme candide, simple, amant de la tranquillité, exactement comme il l'avait fait avec succès chaque fois qu'il avait rencontré un diplomate anglais ? Qui sait ? D'ailleurs, on ne pouvait penser qu'avec un frisson [...] que celui-ci était quand même l'homme du massacre du 30 juin 1934[6].

Le Führer prépare ses visites et, par exemple, au Panthéon demande d'être laissé seul à l'intérieur pour en admirer la majesté, en refusant les explications architecturales de Bianchi Bandinelli, car il a déjà passé toute la nuit à recueillir et à étudier les informations sur la structure du monument.

Mais le but de son voyage, son « rêve d'artiste » est Florence, qui accueille Hitler avec toute sa beauté réelle, sans arcs ou murs refaits en carton-pâte. Le Führer est en extase, lui qui n'a jamais fait de grands voyages, et bouleverse le plan de la visite avec quatre heures à la Galerie des Offices, où Hitler reste charmé face au Tondo Doni de Michel-Ange et à la Venus de Titien, pendant que, comme d'habitude, Mussolini erre dans les salles, en s'arrêtant devant les peintures comme face à un mur blanc.

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Mussolini et Hitler à Florence

Avec le buffet à Palazzo Vecchio se termine la visite florentine d'Hitler et un Mussolini ému accompagne à la gare un Hitler avec les larmes aux yeux : « Désormais aucune force ne pourra plus nous séparer[7] ». Nous sommes le 10 mai et le Führer repart pour l'Allemagne : il rencontrera de nouveau Mussolini à Florence le 28 octobre 1940, au moment de l'intervention italienne en Grèce et le climat sera différent : Florence restera toujours dans le cœur du Führer qui, dit-on, décidera personnellement de sauver la ville italienne des bombardements pour la conserver exactement comme il l'avait vue en 1938. Désormais tout a changé et Bianchi Bandinelli, en refusant l'appel de Mussolini pour accompagner la visite du Führer en 1940, conclut avec ces mots :

Cette nouvelle aventure ne m'intéressait pas. Désormais la curiosité avait été satisfaite et trop de sang avait coulé : il ne restait que l'aversion et le dégoût[8].

Alessandra Grillo

Filmographie

Une journée particulière, Ettore Scola réal., Carlo Ponti prod., avec Sophia Loren, Marcello Mastroianni, 1977 (titre original : Una giornata particolare)

Cinegiornale Luce 1937, Istituto Luce prod., 1998

Cinegiornale Luce 1938, Istituto Luce prod., 1998

La Roma del Luce, documentaire, Nicola Caracciolo et Gianni Borgna réal., Istituto Luce prod., 2004

Hitler e Mussolini: gli anni degli incontri, documentaire, Nicola Caracciolo réal., Istituto Luce prod., 2005

Il Viaggio del Führer in Italia, documentaire, Leonardo Timberi réal., Istituto Luce prod., 2005



  1. ^ « Venerdì. Veduti Mario e Silla. Impressione prima e sorprendente di Mario: grottesco e bruttissimo. Cammina come un burattino, con curve e mosse oblique del capo, che vorrebbero mitigare la sua massiccità, ma sono soltanto goffe e sinistre. Chiude gli occhi, sorride, fa continuamente una commedia puerile. Si è fermato dinanzi alla riproduzione ingrandita della moneta degli idi di marzo, a lungo, perché lo vedessero. Poi ha pronunziato il nome di Bruto con sorriso di commiserazione, accolto da risate dagli altri. Si stringe troppo in vita, il che lo rende più goffo. Ha la presenza antipatica di certi agenti di campagna pieni di boria perché sanno di essere i più abili sul mercato del bestiame e hanno grossi portafogli. Silla è, nell'aspetto primo, meno repulsivo. Composto, ordinato; quasi modesto. Quasi servile, anche. Una personalità di aspetto subordinato: qualche cosa come un controllore del tram. Viso vizzo. Mario, invece, lo ha turgido, lucido, dalla pelle grassa. » Ranuccio Bianchi Bandinelli, Dal diario di un borghese e altri scritti, Milano, Il Saggiatore, 1962, p. 170-171 (l'extrait du récit de la visite d'Hitler en Italie a été republié en 1995 : Hitler et Mussolini. 1938. Il viaggio del Führer in Italia, Roma, Edizioni e/o, 1995).
  2. ^ « Da un punto di vista formale, il viaggio non ha aggiunto niente ai protocolli di Berlino.Ma sostanzialmente la presenza del Duce in Germania ha popolarizzato l'amicizia per il Fascismo. Non oso ancora dire per l'Italia. È incontestabile il successo personale di Mussolini. Ha preso le folle tedesche col suo magnetismo, con la sua voce, con la sua giovinezza irruenta.Non basterà la solidarietà di Regime a tenere veramente uniti due popoli che razza, civiltà, religione, gusti respingono ai poli opposti? Nessuno può accusarmi di ostilità alla politica filo-tedesca. L'ho inaugurata io. Ma, mi domando, deve la Germania considerarsi una meta, o non piuttosto un terreno di manovra? Gli avvenimenti di questi giorni e soprattutto il lealismo politico di Mussolini mi fanno propendere per la prima eventualità. Ma le vicende non si svilupperanno in modo tale da separare ancora una volta questi due popoli?Vedremo. Oggi l'Asse R.B. è una realtà formidabile e di grande utilità. Cercherò di tirare la linea Roma-Tokio e il sistema sarà completo.Per l'avvenire più lontano, non conviene fare previsioni. » Galeazzo Ciano, Diario 1937 - 1943, Renzo de Felice éd., Milano, BUR, 2000, p. 40-41 (trad. fr. : Journal politique 1937-1938, Paris, Les Éditions de Paris, 1949, p. 35-36).
  3. ^ « si anima e con un brutto riso maligno dice che i giornali francesi e inglesi non riescono a nascondere la loro rabbia per la prova di forza data il giorno prima con la parata navale di Napoli. "Ormai, anche sul mare, l'Inghilterra è finita". » Ranuccio Bianchi Bandinelli, op. cit., p. 181.
  4. ^ « A me manca quasi il respiro. Dunque quest'uomo crede veramente alle fandonie che ci raccontano la sua radio e i suoi pennaioli; non si tratta solo di propaganda, ma di convinzione. E allora, penso, siamo veramente perduti. Quest'uomo ci getterà senza esitazione in una guerra contro l'Inghilterra credendo di poterla battere. » Ibid.
  5. ^ « Quanto io gli avevo spiegato, se lo interessava in modo particolare, veniva a sua volta da lui spiegato al suo seguito. "Sehen Sie, meine Herren" (Vedano, miei Signori), cominciava; e poi tutto quello che io avevo appena detto veniva ripetuto, ma completamente deformato e adattato a esemplificare qualcuna delle sue idee prestabilite. » Ibid., p. 179.
  6. ^ « Avvicinandolo così si poteva scoprire in lui il sentimentale, il romantico, il fanatico, anche; ma non si riusciva a concepire l'immagine di lui come uomo d'azione, astuto, pronto ad afferrare l'occasione favorevole e a sfruttarla spietatamente. [...] Parlando così, Hitler aveva tutta l'aria di essere sincero. O giuocava anche con me, per abitudine presa, a fare l'uomo candido semplice amante della quiete, come aveva fatto spesso con successo, ogni volta che si era incontrato con un diplomatico anglosassone? Chi sa? Intanto non si poteva non pensare, con un brivido [...] che questi era pur l'uomo dell'eccidio del 30 giugno 1934. » Ibid., p. 182-183. Le 30 juin 1934 est la tristement célèbre « nuit de longs couteaux », pendant laquelle Hitler a fait tuer environ 200 personnes de la SA, tous militants du parti national-socialiste, dans une sorte d'épuration, voulue par Hitler sous indication de Göring, Goebbels et Himmler.
  7. ^ Galeazzo Ciano, op. cit., p. 134 (trad. fr. : op. cit., p. 182).
  8. ^ « Questa nuova avventura non mi interessava. Ormai la curiosità era appagata e troppo sangue era già corso: non rimaneva che avversione e disgusto. » Ranuccio Bianchi Bandinelli, op. cit., p. 192.

Référence bibliographique:

Bianchi Bandinelli Ranuccio, Dal diario di un borghese e altri scritti, Milano, Il Saggiatore, 1962

Bianchi Bandinelli Ranuccio, Hitler et Mussolini. 1938. Il viaggio del Führer in Italia, Roma, Edizioni e/o, 1995

Ciano Galeazzo, Diario 1937 - 1943, Renzo de Felice éd., Milano, BUR, 2000 (trad. fr. : Journal politique 1937-1938, Paris, Les Éditions de Paris, 1949 ; Journal politique 1939-1943, Neuchâtel, Éditions de la Baconnière, 1946, 2 vol.)

Ciano Galeazzo, L'Europa verso la catastrofe. 184 colloqui con Mussolini, Hitler, Franco, Chamberlain, Summer Welles, Rustu Aras, Stoiadinovic, Goring, Zog, Francois-Poncet ecc. Verbalizzati da Galeazzo Ciano ; con 40 documenti diplomatici inediti, Milano, Mondadori, 1948 (trad. fr. : Les Archives secrètes du comte Ciano, 1936-1942, procès-verbaux des entretiens avec Mussolini, Hitler, Franco, Chamberlain, Ribbentrop, Goering etc. ; accompagnés de documents diplomatiques inédits, Paris, Plon, 1948)

Guerri Giordano Bruno, Fascisti: gli italiani di Mussolini, il regime degli italiani, Milano, Mondadori, 1995

Guerri Giordano Bruno, Galeazzo Ciano: una vita (1903-1944), Milano, Mondadori, 2001

- Montanelli Indro, Cervi Mario, L'Italia dell'Asse, Milano, Rizzoli, 1980

Spinosa Antonio, Vittorio Emanuele III. L'astuzia di un re, Milano, Mondadori, 1990

Spinosa Antonio, Hitler. Il figlio della Germania, Milano, Mondadori "Le Scie", 1991

Spinosa Antonio, Mussolini. Il fascino del dittatore, Milano, Mondadori "Oscar storia", 1992

Pour citer cet article:

Référence électronique
Alessandra GRILLO, « 1937 ET 1938 : MUSSOLINI EN ALLEMAGNE, HITLER EN ITALIE », Astrolabe [En ligne], Mars 2007, mis en ligne le 26/07/2018, URL : https://astrolabe.msh.uca.fr/mars-2007/dossier/1937-et-1938-mussolini-en-allemagne-hitler-en-italie