JEAN-BAPTISTE CHARCOT

Astrolabe N° 25
CRLV – Université Paris-Sorbonne
Jean-Baptiste Charcot
Biographie du grand explorateur des régions polaires

JEAN-BAPTISTE CHARCOT
Biographie du grand explorateur des régions polaires

 

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Jean-Baptiste Charcot et le Pourquoi Pas ? n'ont pas besoin de présentation : ils représentent la gloire de l'exploration antarctique française du début du XXe siècle ; avec cette nouvelle biographie parue chez Glénat, Serge Kahn nous présente une image plus personnelle et plus intime du Commandant, grâce surtout aux recherches dans les archives de la famille Charcot et aux rencontres avec plusieurs anciens compagnons de l'explorateur.

Fils du célèbre médecin Jean-Martin Charcot, le petit Jean-Baptiste manifeste immédiatement une forte passion pour la mer et c'est dans ces années que naît le nom du Pourquoi Pas ?, le bateau qui l'accompagnera dans ces plus importantes explorations : « Son frêle esquif, une vieille caisse à savon baptisée Pourquoi-pa ? [sic] » (p. 19). Malgré cet intérêt, le jeune Charcot suit la volonté paternelle et s'engage dans une formation médicale qui se termine en 1895 avec la soutenance de sa thèse en médecine, deux ans après la mort de son père.

Jean-Baptiste Charcot avait pourtant déjà commencé son aventure maritime quand en 1892 son père lui avait offert le Daisy, rebaptisé ensuite Courlis, un cotre de 9 tonneaux. L'année suivante, il avait vendu le Courlis et fait construire le premier Pourquoi Pas ? Grâce à cela, Charcot avait pu demander l'inscription à l'Union des yachts français et au Cercle de la voile de Paris. Ce ne sera qu'après la Grande Guerre, en 1921, que Jean-Baptiste Charcot obtiendra la présidence d'un autre cercle prestigieux, la Société nautique de la baie de Saint-Malo.

À partir de la fin du siècle, Charcot commence une série de croisières, dont la plus importante et intéressante est le voyage aux îles Shetland et aux Féroé en été 1901, qui déchaine l'amour de Charcot pour les mers froides. C'est à la fin de ce voyage de 2 300 milles, qu'il recevra la Coupe de croisière du Yacht Club de France. Ce sera donc à partir de 1902 que Charcot commencera ses missions scientifiques officielles, souvent financées et soutenues par le ministère de la Marine et les principales académies scientifiques. Ces campagnes ont généralement comme but d'entreprendre des recherches géographiques, météorologiques, ainsi que zoologiques, géologiques, bactériologiques et paléontologiques. Il s'agit aussi du début de l'océanographie, qui, grâce à Charcot, marquera un développement important en France.

Charcot est très enthousiaste mais sourit de l'étonnement de ses compatriotes, peu habitués aux expéditions dans les régions polaires : « Quelle idée d'aller comme cela dans le froid, dans la glace, dans des pays où il n'y a pas d'arbres, pas d'habitants ! Si encore c'était dans les pays chauds ! » Et Charcot de commenter : « Ceux-là ne connaissent pas l'attrait sinistre mais extraordinaire de ces régions d'un fantastique inconnu. C'est dans ces déserts glacés, contrairement à ce qu'on peut croire, que l'on sent justement l'intensité de la vie ; quand on est au milieu de la végétation luxuriante, dans le grouillement des êtres, on jouit de la vie des autres, mais là, seul dans les glaces, plus que jamais à la merci d'un geste de la nature, dépendant presque uniquement de sa propre énergie, on éprouve parfois une sorte d'exubérance parce qu'on se sent vivre soi-même. » (p. 60-61)

La première expédition française en Antarctique est dirigée par Charcot de 1903 à 1905 et rapporte des résultats scientifiques impressionnants, à la fois au niveau des découvertes géographiques et pour les matériaux récoltés qui iront enrichir les collections du Muséum d'histoire naturelle : « Une collection de dix-neuf volumes voit le jour pour synthétiser le travail scientifique de ce premier hivernage français en Antarctique. » (p. 95)

Le programme d'exploration antarctique n'en est qu'à ses débuts et Charcot présente, dès son retour, quelques questions fondamentales auxquelles une nouvelle mission pourrait donner une réponse : la dérive des continents, la configuration exacte de l'Antarctique, la détermination du pôle Sud magnétique, de nouvelles études météorologiques et sur les températures, notamment de l'atmosphère australe, et de nouvelles recherches sur la mer Antarctique et les courants marins. Ce sera en 1908 que Charcot pourra repartir, cette fois sur un nouveau Pourquoi Pas ?, pour une deuxième expédition antarctique française ; il en reviendra en 1910, après avoir accompli le programme complet des recherches et sa célébrité le portera à tenir des conférences dans toute l'Europe et à recevoir plusieurs prix, comme la grande médaille d'or de la Société de géographie de Londres.

Dans les années qui suivent, le Pourquoi Pas ? continue à donner sa contribution à la science, et surtout à l'océanographie, avec plusieurs missions scientifiques dans les mers polaires et, en particulier, au Groenland et en Islande. C'est à l'occasion de l'Année polaire 1932-1933 que Charcot couronne son œuvre d'exploration avec une nouvelle expédition au Groenland pour l'établissement d'une station météorologique, magnétique et électrique.

C'est son Islande bien aimée qui deviendra l'ultime voyage de Charcot, qui meurt le 16 septembre 1936 au cours d'un naufrage près des côtes du Borgarfjord : tout l'équipage du Pourquoi Pas ? périt dans ce terrible accident, un seul marin en réchappe. Les funérailles nationales le 12 octobre voient Notre-Dame de Paris pleine de nombreuses délégations officielles et l'hommage au grand Commandant se renouvèle un mois plus tard, dans la basilique du Sacré-Cœur, au cours d'une cérémonie organisée par le Yacht Club de France, pour commémorer le grand « pionnier des mers polaires ».

Avec cet ouvrage, très richement illustré, Serge Kahn non seulement nous présente les valeurs scientifiques de l'explorateur Charcot, mais il nous délivre également un portrait passionné et très intime de l'homme Charcot, qui fait honneur à l'humanité et la grandeur morale de ce « polar gentleman », selon la définition de l'explorateur anglais Robert Scott.

Alessandra Grillo

Quatrième de couverture

Serge Kahn nous invite à pénétrer dans l'intimité du parcours hors du commun de Jean-Baptiste Charcot. Nous découvrons une nouvelle facette de ce grand homme, médecin de formation mais marin de vocation, nous l'accompagnons dans ses motivations, ses passions, ses réflexions et nous voyons comment il a pu tracer son sillage contre vents et marées pendant plus de trois décennies et réaliser tous ses projets de vie.

Avec l'auteur, président des « Amis du Commandant Charcot et du Pourquoi-Pas ? », grâce à des archives méconnues, nous embarquons cette fois pour un voyage plus intérieur mais combien exaltant avec ce grand explorateur, ce précurseur des recherches océanographiques et polaires françaises, qui nous fait encore rêver toutes générations confondues.

Référence bibliographique:

Serge Kahn, Jean-Baptiste Charcot. Pionnier des mers polaires, Paris, Glénat, coll. « La Société de Géographie », 2008, 14 x 20 cm, 320 p., ill., ISBN 978-2-7234-6328-7, 18 €

Pour citer cet article:

Référence électronique
Alessandra GRILLO, « JEAN-BAPTISTE CHARCOT », Astrolabe [En ligne], Mai / Juin 2009, mis en ligne le 06/08/2018, URL : https://astrolabe.msh.uca.fr/mai-juin-2009/dossier/jean-baptiste-charcot