VOYAGE AU MONT-SAINT-MICHEL

Astrolabe N° 19
CRLV – Université Paris-Sorbonne
Voyage au mont-saint-michel
Le Mont Saint-Michel dans un guide de 1720

VOYAGE AU MONT-SAINT-MICHEL
Le Mont Saint-Michel dans une guide de 1720

 

Dans le cadre des célébrations pour ses 1300 ans, on propose la description du Mont-Saint-Michel dans un « guide de voyage » du XVIIIe siècle, le Nouveau Voyage en France de Claude-Marin Saugrain, publié à Paris en 1720.

Le texte est accompagné d'une gravure, qui montre le mont avec la chapelle et un nombre encore limité de maisons dans le bourg.

La citation qui suit est lisible aux pages 372-375.

« LE MONT SAINT MICHEL,

Bourg en Normandie, est la derniere Palace de France, du côté de la Bretagne & de l'Angleterre, dont la situation est extraordinaire : il n'est séparé de la terre ferme que par une Campagne de sable de trois lieues de large. Le Mont S. Michel est un rocher escarpé de la hauteur de trois cens pieds, au milieu d'une grande Gréve de sable blanc & menu, que la Mer couvre de son reflux deux fois par jour, à toutes les nouvelles & pleines Lunes, pendant trois ou quatre jours devant & après : ainsi le temps le plus commode pour y passer sur le sable, c'est vers le commencement du premier & du troisiéme quartier de la Lune ; parce qu'alors le flux n0y monte point, & que le sable se trouve plus affermi.

Ce lieu n'étoit autrefois qu'une solitude toute environnée de bois, au milieu de laquelle habitérent des Hermites, jusqu'en l'an 708. S. Aubert Evêque d'Avranches, Ville située sur une Montagne à trois lieues de là, fit bâtir sur le haut de ce roc, une Eglise en l'honneur de S. Michel, qu'il dit lui être apparu. Il y mit douze Chanoines pour y célébrer le Service Divin ; & Richard Premier, Duc de Normandie, y établit en 966 des Religieux de l'ordre de S. Benoist. Richard II, aussi Duc de Normandie, fit rebâtir cette Eglise en 1024 telle qu'on la voit présentément.

 

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Elle est sur le sommet de la Roche, construite en croix, & bien proportionnée dans toutes les dimensions, Sa longueur est de deux cens pieds : elle a treize pilliers de chaque côté, des bas côtez tout au tour, une grosse tour quarrée sur l'entrée de la nef, & un clocher sur le milieu de la Croisée.

La menuiserie, qui sépare la Nef du Chœur, est riche, & sert de retable à deux Autels. On voit en relief au grand Autel, tous les Mysteres de Notre Seigneur : & au-dessus des formes des Religieux, les Instituteurs & Réformateurs d'Ordres, & autres Saints illustres de l'Ordre de Saint Benoist représentez en grand. La Chapelle de la Trinité est ornée de menuiserie, & couverte en Dôme. Le Trésor de cette Eglise est renfermé derriere les trois grands Tableaux de cette Chapelle ; ces Tableaux étant levez on voit d'un coup d'œil un grand nombre de reliques qu'on expose à la vénération d'une infinité de Pèlerins qui vont continuellement en ce lieu. La Chapelle de la Vierge, qui est hors d'œuvre, derriere le Chœur, a été bâtie avec une très grande dépense, & pour en juger il faut considerer quelle est sa hauteur en sortant du penchant du Rocher.

Les Religieux de la Congrégation de Saint Maur possedent cette Abbaye, où ils sont au nombre de trente : c'est le Prieur qui garde les Clefs, tant du Bourg que du Château. Leur Maison est complette, ayant tous les Bâtimens & Offices necessaires pour une grande Communauté. Les Curieux regardent avec attention une machine avec laquelle on tire du bas du Rocher, à travers du jardin, & jusqu'à la hauteur du Château & de l'Abbaye, les vivres, provisions, munitions, & tout ce qu'on y porte par Mer.

Le Château est sous la garde du Pere Prieur de cette Abbaye. Les Bourgeois y montent a garde en temps de Paix, & le Roy y envoye des troupes reglées en temps de Guerre.

En passant par la Barre du Courtis, on y voit faire le sel blanc avec l'eau de la Mer. Le Bourg du Mont Saint Michel est bâti avec tout l'artifice imaginable, & contient environ cent feux. Lorsqu'on y entre on est obligé de laisser à la porte toutes sortes d'armes, même les couteaux. Ce Bourg est fermé par là de murailles, avec des remparts ; de l'autre côté le rocher est escarpé & inaccessible. Après qu'on a passé cette Porte on monte par une rue tournoyante, jusqu'à ce qu'en arrivant près de l'Abbaye on trouve une petite platteforme & le Château qui en défend l'entrée.

La Paroisse porte le Titre de Saint Pierre ; & comme il n'y a aucune Fontaine dans le Bourg, il est permis à chaque ménage d'aller prendre toutes les semaines dans la grande Citerne de l'Abbaye deux cruchées d'eau de pluye, où il en coule beaucoup des toits de ce grand Monastere. »

 Alessandra Grillo

Référence bibliographique:

Claude-Marin Saugrain, Nouveau voyage de France, géographique, historique et curieux, disposé par différentes routes, à l'usage des étrangers et des François, contenant une exacte explication de tout ce qu'il y a de singulier et de rare à voir dans ce royaume, avec les adresses pour trouver facilement les routes, les voitures et autres utilitez nécessaires aux voyageurs, Paris, Saugrain l'aîné, 1720. Ouvrage numérisé sur la base de données de la BnF, Gallica : http://gallica2.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k102210p.r=nouveau+voyage+france.langEN

Pour citer cet article:

Référence électronique
Alessandra GRILLO, « VOYAGE AU MONT-SAINT-MICHEL », Astrolabe [En ligne], Mai / Juin 2008, mis en ligne le 01/08/2018, URL : https://astrolabe.msh.uca.fr/mai-juin-2008/dossier/voyage-au-mont-saint-michel