LE RECUEIL COMPLET DES 'RÉCITS' DE VOYAGE DE VICTOR HUGO

Astrolabe N° 13
CRLV – Université Paris-Sorbonne
Le recueil complet des "récits' de voyage de Victor Hugo
Victor Hugo, Œuvres Complètes : Voyages, Paris, Laffont « Bouquins », 2002

Le recueil complet des RÉCITS de voyage de Victor Hugo
Victor Hugo, Œuvres Complètes : Voyages, Paris, Laffont « Bouquins », 2002

 

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Dans le cadre de la collection « Bouquins » qui propose tous les écrits de Victor Hugo, édités sous la direction de Jacques Seebacher et Guy Rosa du Groupe Hugo de l'Université de Paris VII-Jussieu, ce volume présente tous les récits de voyage de Hugo.

Dans les notes, Evelyn Blewer affirme que

Victor Hugo à trente-six ans n'a rien d'un globe-trotter. Peu fortuné, médiocrement curieux d'autres langues - sauf, peut-être, du castillan - il ne vagabonde guère qu'en esprit. Si l'amant et l'antiquaire qui sont en lui se plaisent tous les deux à de courtes excursions en Bretagne et en Normandie, il n'a ni le temps, ni, semble-t-il, l'envie d'aller bien loin. Depuis son enfance il est tout juste allé en Suisse (en 1825 ; il ne cesse d'en parler) et en Belgique (1837). À une époque où Balzac allait en Russie, Lamartine en Orient et Léonie d'Aunet au Spitzberg, les « itinéraires de fuite » de Victor Hugo manquent singulièrement d'audace[1].

En effet, les destinations de voyage d'Olympio sont plutôt ordinaires et n'ont rien d'exceptionnel : la France, la Suisse, l'Allemagne, pays tous connus du grand public, mais qui acquièrent un intérêt renouvelé, grâce à la veine littéraire et à l'ironie de Victor Hugo.

Le premier texte présenté est Le Rhin. Lettres à un ami, publié en 1845 ; les lettres s'inspirent de la réelle correspondance entre Hugo et sa femme, pendant les voyages de l'écrivain avec Juliette Drouet en Suisse et en Allemagne entre 1838 et 1840. Le style reprend celui des guides, avec de petites esquisses d'événements de voyage, peints avec l'usuelle ironie de Hugo. Le Rhin est suivi par d'autres lettres, En marge du Rhin, certaines écrites dans les mêmes années que Le Rhin, d'autres regardent les mêmes régions : la particularité qui les rapproche est le caractère hétéroclite, de plus il s'agit de textes jamais publiés, extraits directement des manuscrits.

Entre le 2 août et le 5 septembre 1825, la famille Hugo et la famille Nodier se déplacent de Fontainebleau vers le Sud, dans un séjour près des Alpes, aux pieds du Mont Blanc ; après les récits alpestres de Rousseau, Chateaubriand, Saussure et Senancour, Victor Hugo prend lui aussi des notes, publiées dans un premier temps dans la Revue de Paris (1829) et puis dans la Revue de Deux Mondes (1831), et ici présentées sous le titre de Deux fragments d'un voyage aux Alpes.

Sous le titre de France et Belgique, le volume des Bouquins recueille les notes écrites de 1834 à 1837 pendant un tour du nord de la France et de la Belgique : Hugo visite la Bretagne en 1834, la Brie et la Picardie l'année suivante et la Normandie en 1836, enfin la Belgique en 1837.

Déjà publié en 1890, Alpes et Pyrénées comprend deux journaux : la suite du voyage dans les régions rhénanes, quand Hugo visite la Suisse en 1839 (Lucerne et les Alpes suisses), et un voyage dans les Pyrénées françaises et espagnoles en 1843, avec des notes sur les stations thermales de cette région. Le projet de Hugo voyait un journal complet du voyage de retour vers le nord de la France, mais la nouvelle de la mort de sa fille Léopoldine porte à un coup d'arrêt à ce récit de voyage.

Ensuite, on peut lire un choix de textes (Voyages et excursions), extraits de carnets et albums, déjà publié en 1910, récits qui portent encore sur l'Allemagne, la Belgique, le Luxembourg, la Zélande et la Suisse, suivi du Journal de Juliette Drouet sur le voyage dans les Pyrénées de 1843, qui sert à récupérer des informations sur la fin de ce voyage rendu funeste par la disparition de la bien-aimée fille de Victor Hugo, ainsi que les notes de la traversée du Sud-Ouest et du tour de la Charente.

Les derniers textes sont un reportage sur Victor Hugo en Zélande, publié en 1867 sur le journal La Liberté et joint par Hugo à son propre carnet de voyage, et les carnets de voyage de 1870 à 1872, jamais publiés in extenso, avec un appendice d'articles publiés en marge à Choses vues. Les notices et les notes de fin de volume contribuent à la compréhension des textes avec un apparat critique extrêmement complet et de grande valeur grâce aux chercheurs qui ont édité le volume.

Il ressort une image d'un Victor Hugo promeneur, qui analyse avec esprit et sens de l'humour les réalités des nations étrangères et de son propre pays, mais toujours en rêvant de rentrer chez lui :

Je marchais depuis deux heures environ, lorsque tout à coup j'ai vu à ma gauche un pauvre amas de chaumières, et dans la dune même une sorte de masure ouverte dont la façade portait cette inscription : EPISSERIE ET LÉQUIDES. J'ai reconnu la France.

J'étais en France, j'étais en présence d'un épissier français. Di tanti palpiti[2] !

Alessandra Grillo


  1. ^ Victor Hugo, Œuvres Complètes : Voyages, Paris, Laffont « Bouquins », 2002, p. 1235.
  2. ^ Ibid., p. 633.

 

Référence bibliographique:

Victor Hugo, Œuvres Complètes : Voyages, présentation de Claude Gély, Paris, Robert Laffont « Bouquins », 2002, 1350 p., € 28,10, ISBN : 2-221-09682-7 (éd. brochée)

Pour citer cet article:

Référence électronique
Alessandra GRILLO, « LE RECUEIL COMPLET DES 'RÉCITS' DE VOYAGE DE VICTOR HUGO », Astrolabe [En ligne], Mai / Juin 2007, mis en ligne le 27/07/2018, URL : https://astrolabe.msh.uca.fr/mai-juin-2007/dossier/le-recueil-complet-des-recits-de-voyage-de-victor-hugo