IL VIAGGIO. MITO E SCIENZA

Astrolabe N° 14
CRLV – Université Paris-Sorbonne
Il viaggio. Mito e scienza
Une exposition à Bologne sur le mythe et la science des voyages

IL VIAGGIO. MITO E SCIENZA
Une exposition à Bologne sur le mythe et la science des voyages

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Du 23 février au 3 juin 2007 l'Université de Bologne a organisé, dans les salles du Musée de Palais Poggi, siège central de l'université, une exposition du titre « Il Viaggio. Mito e scienza » (Le Voyage. Mythe et science), qui s'insère dans les célébrations du IVe centenaire de la mort d'Ulisse Aldrovandi, le célèbre homme de sciences bolonais, créateur de la plus importante collection scientifique et de pièces de nature du XVIIe siècle en Italie[1].

L'exposition est centrée sur les explorations entre le XVe et le XVIIe siècle et sur les voyages scientifiques du XVIIIe siècle, pour voir comment le mythe de l'élargissement des frontières connues s'entrecroise avec les études scientifiques dont les voyageurs s'occupent au cours de leurs expéditions. Si à la fin du Moyen Âge, sur les cartes géographiques on voyait encore le Paradis terrestre et des terres mythiques entourées par des monstres marins, au cours du XVe siècle, grâce à la redécouverte de la Géographie de Ptolémée, les cartes et les livres de sujet géographique commencent à présenter l'image d'un nouveau monde, différente de l'imago mundi médiévale, qui devient plus précise au XVIe siècle, suite aux premiers voyages par mer, comme le montrent les portulans exposés dans la première salle (« Inventer le monde » et « Découvrir le monde ») ; il y a quand même des régions du monde qui restent encore enveloppées de mystère, comme le Grand Océan, c'est-à-dire le Pacifique. Deux figures s'alternent dans la représentation du monde : l'artiste et l'homme de sciences. Plusieurs artistes du XVIe et XVIIe siècle célèbrent les grandes découvertes géographiques et s'intéressent surtout aux nouveautés amenées en Europe, comme par exemple les animaux exotiques et les plantes tropicales, ce qui trouve une vérification dans certains ouvrages exposés dans la deuxième salle (« Peindre le monde »), comme l'Allégorie de la découverte de l'Amérique de Jacopo Zucchi, la Pêcherie de Bartolomeo Passerotti et le bijou de l'exposition, le Garçon mordu par un lézard vert de Caravaggio. L'homme de sciences est l'autre présence fondamentale pour la représentation du monde, fondamentale grâce à la rigueur que le savant met dans ses études scientifiques. En ce contexte s'insère l'expérience d'Ulisse Aldrovandi qui à la fin de sa vie déclarait d'avoir recueilli environ 18000 pièces naturelles de différentes origines et 7000 plantes séchées concentrées en quinze volumes. La troisième salle de l'exposition (« Classifier le monde ») est dans la salle principale du Musée Aldrovandi, elle se constitue des coffres et des vitrines dans lesquelles sont montrés des plantes, des œufs et des reproductions de poissons rares, recueillies par Aldrovandi au cours de sa vie. Aux murs, dans des meubles ouverts, on peut admirer une énorme collection de matrices xylographiques, qui calquent les images d'animaux et de plantes rares et monstrueuses.

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La salle du Musée Aldrovandi qui recueille la plupart de ses pièces scientifiques.
Les matrices xylographiques sont visibles dans le meuble au fond de la salle.

La quatrième et la cinquième salle de l'exposition (« Voir le monde » et « Redessiner le monde ») montrent l'évolution de la cartographie au XVIIIe siècle, avec une série de grandes cartes du monde entier, réalisées vers 1630 par Willem Janszoon Blaeu et Charles Hubert Jaillots à Amsterdam. Le rôle du géographe change radicalement : ce savant doit devenir de plus en plus un homme de sciences et doit savoir maîtriser de nouveaux instruments techniques, de façon à ce que la géographie prenne une place toujours plus importante dans l'éducation culturelle. À ce propos, on admire la peinture de Pietro Longhi, Le Cours de géographie, où cette science est apprise à une femme, quelqu'un qui normalement n'avait pas le droit de s'approcher de sujets trop « profonds pour leurs délicates têtes ». La sixième salle (« Conquérir le monde ») est complètement dédiée au Rijkmuseum d'Amsterdam, qui a prêté une collection de quatre peintures représentant le commerce hollandais dans les Indes orientales, démonstration de l'importance du côté économique des voyages, en l'occurrence des voyages sur la route des épices, dont la Hollande est un des protagonistes au XVIIe et XVIIIe siècles. Enfin, deux salles spectaculaires : la septième (« Lire le monde ») est la bibliothèque du Palais Poggi, qui contient de vrais trésors littéraires, de précieux récits de voyage du XVIIIe siècle, qui témoignent de l'importance de transmettre les « choses vues » par les savants et surtout qui donnent la possibilité à ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas se mettre en route (y compris les femmes) de « voyager » en restant assis dans leurs fauteuils ; la dernière salle (« Naviguer autour du monde ») contient plusieurs modèles de navires français, anglais, espagnols et italiens, utilisés à la fois pour des raisons commerciales et pour les explorations. Une nouvelle image de la planète est désormais représentable, grâce surtout aux longs voyages d'exploration de Anson, Bougainville, Lapérouse et Cook qui dévoilent de manière presque complète la figure de la Terre.

Le matériel exposé vient en majorité des collections de la Bibliothèque Universitaire de Bologne, de celle de l'Archiginnasio toujours à Bologne et de la Bibliothèque Estense de Modène, trois archives parmi les plus importantes comme richesse de matériel viatique[2]. Les prêts des musées de Amsterdam, Vienne, Rome, Florence et Venise complètent le cadre d'un panorama très attentif sur le voyage, accompagné par un catalogue qui liste les noms les plus importants parmi les chercheurs de littérature de voyage (par ex. Paolo Rossi, Daniel Roche, Attilio Brilli, Peter Manson, Maurizio Bossi), sous la direction de Walter Tega.

Alessandra Grillo

 

Référence sur l'exposition

« Il Viaggio. Mito e scienza »
Bologna, Museo di Palazzo Poggi, Via Zamboni, 33
23 février - 3 juin 2007
Horaires : mardi - dimanche : 10h - 18h30, fermé le lundi
Site web : www.museopalazzopoggi.unibo.it
Contacts : tél. +39 051 2099610 - +39 051 2099398
Catalogue : Il Viaggio. Mito e scienza, Walter Tega éd., Bologna, Bononia University Press, 2007, € 40,00, ISBN : 978-88-7395-214-5

  1. ^ Né en 1522 à Bologne, le comte Aldrovandi fait ses études de loi à l'université de Bologne, de philosophie et de médecine à l'université de Padoue, puis de nouveau à Bologne pour les cours de botanique, zoologie et minéralogie, avant de soutenir enfin sa thèse en philosophie et médecine à Bologne en 1553 ; l'année suivante il est nommé professeur de Logique à l'université bolonaise. À partir de 1551, il organise des herborisations sur les Apennins, dans la Vénétie et dans les Marques, grâce auxquelles Aldrovandi est reconnu comme le botaniste italien le plus important et le mieux préparé. En 1568, Aldrovandi obtient l'institution du premier jardin botanique de Bologne, au début dans une petite cour, puis déplacé près de la porte Saint-Étienne. En 1603, deux ans avant sa mort, au moment de la rédaction du testament, Aldrovandi laisse ses ouvrages (environ 300 manuscrits et les publications), sa bibliothèque (3600 livres) et tout le matériel scientifique (plantes, animaux, minéraux etc.) au Sénat bolonais, avec l'engagement de les conserver et de les exposer dans un musée. C'est en 1617 que le musée Aldrovandi est placé dans le Palais Publique jusqu'en 1742, quand il trouve son siège définitif dans les salles de l'Institut des Sciences, au Palais Poggi.
  2. ^ Il suffit de savoir que l'Archiginnasio est le tout premier centre à partir duquel l'université de Bologne est née ; la Bibliothèque Universitaire est née grâce à un premier noyau donné à l'université au XVIIIe siècle par le cardinal Prospero Lambertini, après avoir été élu pape, sous le nom de Benoît XIV : il s'agissait de sa bibliothèque personnelle, qui contenait entre autres sa correspondance avec Voltaire et les encyclopédistes et les ouvrages français reliés au monde culturel de l'Âge des Lumières. La Bibliothèque Estense a eu parmi ses directeurs Ludovico Antonio Muratori, un autre savant toujours en contact avec la France des Lumières et les cercles culturels milanais et romains de la fin du XVIIIe siècle.

Pour citer cet article:

Référence électronique
Alessandra GRILLO, « IL VIAGGIO. MITO E SCIENZA », Astrolabe [En ligne], Juillet / Août 2007, mis en ligne le 27/07/2018, URL : https://astrolabe.msh.uca.fr/juillet-aout-2007/dossier/il-viaggio-mito-e-scienza