Astrolabe est une publication en ligne du Centre de Recherches sur les Littératures de Voyage (CRLV, domicilié à l'Université de Clermont Auvergne, en partenariat avec Aix Marseille Université). Elle constitue l'un des éléments de la politique de publication du CRLV complémentaire de la revue électronique Viatica qui, de son côté, a pour objet l'exploration de nouveaux champs de la recherche dans le même domaine. Créée en 2005, Astrolabe accueillait des comptes rendus de lecture et des articles de chercheurs, en collectant des textes inédits avec la vocation de rendre compte de l'actualité de l'édition et des travaux consacrés au genre viatique. En 2020, Astrolabe devient un socle de publications en ligne pour étudiants (sélections de mémoires de masters, actes de Journées d'études de jeunes chercheurs, programmes d'agrégations liés aux voyages, etc.) et pour chercheurs (éditions critiques numériques, actes de colloques et de journées d'études mis rapidement en ligne, workshops, etc.). Les propositions de numéros sont adressées au comité d'Astrolabe par le biais du site du CRLV et via l'onglet « Contact ».

Astrolabe N° 8

Dans son dernier livre, Mes voyages avec Hérodote, Ryszard Kapuscinski fait de l'historien d'Halicarnasse le premier des reporters et de ses histoires « un modèle de style, une école ». Au terme d'«histoires» il préfère d'ailleurs ceux d'«enquêtes» ou de «recherches» car, fondées principalement sur des témoignages, elles sont frappées du sceau de la subjectivité et de la relativité. Mais au-delà de la méthode, ce qui le séduit davantage, c'est la curiosité de cet «homme de grand chemin», «être compréhensif et bienveillant, serein et chaleureux, bon et sans manières», la recherche éthique, la passion de comprendre l'autre y compris dans la guerre, de chercher l'humain envers et contre tout système.
L'étoile du soldat, dernier film de Christophe de Ponfilly a le même sujet. Le réalisateur de nombreux documentaires sur l'Afghanistan, dont le plus connu est son portrait de Massoud, livre là une fiction cinématographique retraçant l'histoire de Nikolai Petrov, un jeune appelé russe envoyé combattre contre son gré dans ce lointain pays de pierres et de montagnes. Au-delà de l'horreur des combats ou de la beauté des paysages, ce qui frappe dans ce film c'est le commun appel entendu de part et d'autre à la musique, au chant, à la poésie.

Astrolabe N° 7

La figure du voyageur et la façon dont il rend compte de son voyage semblent être en évolution perpétuelle dans un mouvement étroitement lié aux moyens de transport à sa disposition. La 'crise' que le voyage et son écriture semblent avoir connu dans la première moitié du XXe siècle, n'est qu'une manifestation de cette évolution. Déjà dans la deuxième moitié du XIXe siècle des voyageurs comme Alberto Ferrero della Marmora, semblent douter de la légitimité du mot 'voyage' pour désigner des voyages dans des parties de l'Europe qui, grâce à l'évolution de la science sont désormais plus facilement joignables. Si les possibilités offertes par de nouveaux moyens de transports et notamment l'élément de la vitesse, alimentent le questionnement du voyageur à propos de ses propres expériences, il est aussi vrai que ces mêmes éléments deviennent les inspirateurs et les sujets de nouveaux récits de voyages, tels les récits de voyage en automobile. Les nouveaux moyens de transport ne modifient donc pas les enjeux principaux du vrai voyageur selon Hérodote, la rencontre, le questionnement, la volonté de comprendre.

Tania Manca

Astrolabe N° 6

« Nomade, traverses, seuils, mouvement, horizons, altérités, espaces, migrations, pérégrin, vagabondage, dérives, errance... » Le voyage, aujourd'hui, n'en finit plus de se dériver. Il a bonne presse ce mot-clef devenu un sésame dans « le langage des communicants ». Tout est voyage, sans que cela implique nécessairement un déplacement physique. L'emploi du terme s'étend jusqu'au registre commercial de la téléphonie. De l'échelle des continents, il est passé aux ondes corpusculaires et l'escale prestigieuse est désormais remplacée par la borne Wifi. Xavier de Maistre serait surpris du succès de sa formule.
Mais cette bonne fortune ne se fait-elle pas au risque d'une certaine dévaluation linguistique ? Ne sommes-nous pas en train d'assister à la catachrèse du mot voyage ? Car ce qui est célébré est la capacité de déplacement, la vitesse, la prouesse technique, en dehors de la difficulté, de la lenteur, du malentendu, de l'échec qui étaient autant d'étapes, de stations pour atteindre finalement à la connaissance.
Doit-on dès lors en appeler à une réaction sédentaire ? Revenons plutôt au propos critique de Gilles Deleuze pour qui le voyage est « de la rupture à bon marché » et qui ayant imaginé le concept du nomadisme précise aussitôt : « les nomades ne voyagent pas, ils sont immobiles, ils s'accrochent à leur terre, c'est à force de vouloir rester sur leur terre qu'ils nomadisent ». A méditer.

Astrolabe N° 5

Si le voyage représente la quête d'un lieu, la découverte de soi et de l'autre, l'acquisition et la perte des repères, il reste toujours et sans doute un apprentissage dans l'essence du mot. L'apprentissage du voyage n'est pas seulement celui du voyageur mais aussi celui de son lecteur et, peut être encore plus, celui du chercheur qui à partir de l'étude d'un récit de voyage découvre une myriade de mondes nouveaux. Cet apprentissage va de pair avec l'échange d'informations et le partage des connaissances et des nouvelles découvertes qui élisent comme l'un des lieux de prédilection les colloques internationaux. Des colloques ayant pour thème le voyage auront en effet lieu le 7, 8 et 9 septembre, le VIe Borders & Crossings à l'Université de Palerme et Theatre & Travel 2 / Théâtre & Voyage II, à la University of Ulster.

Tania Manca

Astrolabe N° 4

De tous les types de voyage, celui de découverte est sans aucun doute le plus noble. Il rassemble toutes les dimensions de l'aventure humaine : l'épreuve de l'inconnu, la rencontre de l'altérité radicale, la soif de connaissance, la quête spirituelle, l'élargissement de la conscience du monde, bref il a quelque chose d'une Renaissance, et il n'est d'ailleurs pas anodin que cette époque fut son âge d'or. Mais Tzvetan Todorov l'a remarqué : la découverte du « nouveau » monde signait en même temps sa conquête et sa fin.
Le domaine de la représentation cartographique semble aujourd'hui illustrer cette sentence. Le globe terrestre est désormais circonscrit, scruté en permanence par une escadrille de satellites, son image d'une précision de quelques mètres est disponible sans autre déplacement qu'un simple mouvement de doigt. Le blanc des cartes qui inspira la rêverie sur l'ailleurs et le lointain par son paradoxal pouvoir d'obscurité, et qui fit le destin de beaucoup d'explorateurs n'est simplement plus.
Tout est placé sous la lumière de midi, sans ombre portée. Nous revient alors à l'esprit l'histoire de Peter Schlemihl, qui vendit son ombre au diable contre la bourse de Fortunatus et qui ne trouva le repos qu'en parcourant le monde à l'aide des bottes de sept lieues. Nous revient aussi l'apologue final, le seul conseil dont l'homme ait besoin dans sa vie aux dires de Chamisso : « apprends d'abord à révérer l'ombre ».

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