Astrolabe est une publication en ligne du Centre de Recherches sur les Littératures de Voyage (CRLV, domicilié à l'Université de Clermont Auvergne, en partenariat avec Aix Marseille Université). Elle constitue l'un des éléments de la politique de publication du CRLV complémentaire de la revue électronique Viatica qui, de son côté, a pour objet l'exploration de nouveaux champs de la recherche dans le même domaine. Créée en 2005, Astrolabe accueillait des comptes rendus de lecture et des articles de chercheurs, en collectant des textes inédits avec la vocation de rendre compte de l'actualité de l'édition et des travaux consacrés au genre viatique. En 2020, Astrolabe devient un socle de publications en ligne pour étudiants (sélections de mémoires de masters, actes de Journées d'études de jeunes chercheurs, programmes d'agrégations liés aux voyages, etc.) et pour chercheurs (éditions critiques numériques, actes de colloques et de journées d'études mis rapidement en ligne, workshops, etc.). Les propositions de numéros sont adressées au comité d'Astrolabe par le biais du site du CRLV et via l'onglet « Contact ».

Astrolabe N° 10

Coïncidences heureuses, effet d'entraînement ou réflexe pavlovien de lecteur ? Toujours est-il qu'en ce début de nouvelle année, les « invitations au voyage » se multiplient dans la presse. Ainsi dans le numéro 53 de la revue cité musique, qui consacre un dossier complet au voyage, où après un article sur le rôle de la musique dans les pèlerinages médiévaux, un texte sur les rythmes stambouliotes et un itinéraire musical sur les routes de l'esclavage entre Afrique et Orient, l'entretien accordé par l'écrivain turc Nedim Gürsel y fait explicitement allusion : « J'aime voyager, vagabonder. [...] C'est la poésie de Baudelaire qui m'y a conduit ». La musique apaise les mœurs, c'est bien connu, la sagesse des nations ajoutera désormais dans la conjonction des arts que la littérature pousse au voyage. Mais le départ proposé a autant à voir avec l'imaginaire qu'avec l'espace, comme le suggère plus loin l'argument de son prochain livre : « un écrivain-voyageur fait part de ses impressions en rapport avec l'œuvre de l'écrivain qui a été marqué par les mêmes lieux - ainsi Baudelaire à Bruxelles qui habitait dans un hôtel... ». La littérature pousse au voyage mais pas comme une fuite, pour mieux se retrouver finalement dans la solitude d'une chambre...

Astrolabe N° 9

Le voyage est le lieu du franchissement des frontières, ouvre à de nouveaux horizons et participe au dépassement de soi. C'est dans ce dépassement que le voyageur se perd, se trouve, se renouvelle. Les paradigmes de la curiosité, de la connaissance et du dépassement du monde connu semblent être le propre du voyageur, de l'homme même, si l'on en réfère au plus grand voyageur de tous les temps Ulysse auquel Dante fait dire dans la Divina Commedia : « Fatti non fummo a viver come bruti,/ ma per seguir virtute e canoscenza » (« vous ne fûtes pas faits pour vivre comme des bêtes / mais pour suivre vertu et connaissance »), If XXVI 119-120. La rédaction d'Astrolabe, revue du Centre de Recherche sur la Littérature des Voyages souhaite à tous, lectrices et lecteurs, une bonne année 2007.

Tania Manca

Astrolabe N° 8

Dans son dernier livre, Mes voyages avec Hérodote, Ryszard Kapuscinski fait de l'historien d'Halicarnasse le premier des reporters et de ses histoires « un modèle de style, une école ». Au terme d'«histoires» il préfère d'ailleurs ceux d'«enquêtes» ou de «recherches» car, fondées principalement sur des témoignages, elles sont frappées du sceau de la subjectivité et de la relativité. Mais au-delà de la méthode, ce qui le séduit davantage, c'est la curiosité de cet «homme de grand chemin», «être compréhensif et bienveillant, serein et chaleureux, bon et sans manières», la recherche éthique, la passion de comprendre l'autre y compris dans la guerre, de chercher l'humain envers et contre tout système.
L'étoile du soldat, dernier film de Christophe de Ponfilly a le même sujet. Le réalisateur de nombreux documentaires sur l'Afghanistan, dont le plus connu est son portrait de Massoud, livre là une fiction cinématographique retraçant l'histoire de Nikolai Petrov, un jeune appelé russe envoyé combattre contre son gré dans ce lointain pays de pierres et de montagnes. Au-delà de l'horreur des combats ou de la beauté des paysages, ce qui frappe dans ce film c'est le commun appel entendu de part et d'autre à la musique, au chant, à la poésie.

Astrolabe N° 7

La figure du voyageur et la façon dont il rend compte de son voyage semblent être en évolution perpétuelle dans un mouvement étroitement lié aux moyens de transport à sa disposition. La 'crise' que le voyage et son écriture semblent avoir connu dans la première moitié du XXe siècle, n'est qu'une manifestation de cette évolution. Déjà dans la deuxième moitié du XIXe siècle des voyageurs comme Alberto Ferrero della Marmora, semblent douter de la légitimité du mot 'voyage' pour désigner des voyages dans des parties de l'Europe qui, grâce à l'évolution de la science sont désormais plus facilement joignables. Si les possibilités offertes par de nouveaux moyens de transports et notamment l'élément de la vitesse, alimentent le questionnement du voyageur à propos de ses propres expériences, il est aussi vrai que ces mêmes éléments deviennent les inspirateurs et les sujets de nouveaux récits de voyages, tels les récits de voyage en automobile. Les nouveaux moyens de transport ne modifient donc pas les enjeux principaux du vrai voyageur selon Hérodote, la rencontre, le questionnement, la volonté de comprendre.

Tania Manca

Astrolabe N° 6

« Nomade, traverses, seuils, mouvement, horizons, altérités, espaces, migrations, pérégrin, vagabondage, dérives, errance... » Le voyage, aujourd'hui, n'en finit plus de se dériver. Il a bonne presse ce mot-clef devenu un sésame dans « le langage des communicants ». Tout est voyage, sans que cela implique nécessairement un déplacement physique. L'emploi du terme s'étend jusqu'au registre commercial de la téléphonie. De l'échelle des continents, il est passé aux ondes corpusculaires et l'escale prestigieuse est désormais remplacée par la borne Wifi. Xavier de Maistre serait surpris du succès de sa formule.
Mais cette bonne fortune ne se fait-elle pas au risque d'une certaine dévaluation linguistique ? Ne sommes-nous pas en train d'assister à la catachrèse du mot voyage ? Car ce qui est célébré est la capacité de déplacement, la vitesse, la prouesse technique, en dehors de la difficulté, de la lenteur, du malentendu, de l'échec qui étaient autant d'étapes, de stations pour atteindre finalement à la connaissance.
Doit-on dès lors en appeler à une réaction sédentaire ? Revenons plutôt au propos critique de Gilles Deleuze pour qui le voyage est « de la rupture à bon marché » et qui ayant imaginé le concept du nomadisme précise aussitôt : « les nomades ne voyagent pas, ils sont immobiles, ils s'accrochent à leur terre, c'est à force de vouloir rester sur leur terre qu'ils nomadisent ». A méditer.

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