Astrolabe est une publication en ligne du Centre de Recherches sur les Littératures de Voyage (CRLV, domicilié à l'Université de Clermont Auvergne, en partenariat avec Aix Marseille Université). Elle constitue l'un des éléments de la politique de publication du CRLV complémentaire de la revue électronique Viatica qui, de son côté, a pour objet l'exploration de nouveaux champs de la recherche dans le même domaine. Créée en 2005, Astrolabe accueillait des comptes rendus de lecture et des articles de chercheurs, en collectant des textes inédits avec la vocation de rendre compte de l'actualité de l'édition et des travaux consacrés au genre viatique. En 2020, Astrolabe devient un socle de publications en ligne pour étudiants (sélections de mémoires de masters, actes de Journées d'études de jeunes chercheurs, programmes d'agrégations liés aux voyages, etc.) et pour chercheurs (éditions critiques numériques, actes de colloques et de journées d'études mis rapidement en ligne, workshops, etc.). Les propositions de numéros sont adressées au comité d'Astrolabe par le biais du site du CRLV et via l'onglet « Contact ».

Astrolabe N° 30

La littérature de voyage connait un succès ininterrompu depuis son origine. Elle a passé les siècles de l'oralité aux différentes formes d'écriture, de la diffusion sous forme d'imprimé au XVIIIe, XIXe et XXe siècles, à la presse, à la bande dessinée, jusqu'à conquérir le cinéma. Les ingrédients sont souvent les mêmes ; ce qui attire le plus c'est l'aventure, le dépaysement, le mouvement continu et envoutant des événements qui se succèdent, des gens qui se rencontrent, des paysages traversés. Né au moment où les récits de voyages devenaient aussi littérature pour la jeunesse, Alice au pays des merveilles, qui est passé maintes fois, du livre au dessin animé puis au cinéma, continue à connaître encore de nos jours un succès non démenti.

Tania Manca

Astrolabe N° 29

Après les solitudes de Longwood et des Kerguelen, Jean-Paul Kauffmann a choisi, pour sa dernière œuvre, une autre terre de désolation, de « désolation heureuse », la Courlande, région de Lettonie à l'identité faible. Parti sur les traces des anciens barons baltes, qui régnaient sur ces contrées, et de leurs châteaux et manoirs en ruine, Kauffmann découvre un pays à la recherche de son identité perdue, aux atmosphères floues, typiques des régions nordiques. Dans Courlande (Fayard, 2009), les mots deviennent mélancoliques et, tout comme dans ses ouvrages précédents, Kauffmann intègre son érudition dans son expérience de voyage, en amenant le lecteur dans le passé courlandais à travers des digressions historiques, entre la rudesse de l'occupation russe et la recherche triste et passionnée des traces des « malgré-nous » alsaciens, morts en Courlande pendant la deuxième guerre mondiale.

Alessandra Grillo

Astrolabe N° 28

L'histoire des voyages est profondément liée à la pratique de la nomination et, de façon plus spécifique, de la toponymie. Pour les sociétés anciennes le nom représentait l'essence même de l'entité nommée. En sanscrit, nom, nama signifie traduire ; l'importance du nom pour les latins est explicité par leur nomina sunt omnia. L'histoire de la toponymie évolue avec l'histoire des voyages et voit souvent un incroyable nombre de lieux être rebaptisés par les voyageurs, mandataires volontaires ou involontaires d'une colonisation aussi bien dans des pays hors de l'Europe qu' au sein de l'Europe même, pensons aux cas de la Finlande cartographiée par les Suédois, de l'Irlande par les anglais, et de tant d'autres territoires. La culture contemporaine semble reconnaitre l'importance historique et culturelle qui se cache derrière ces noms effacés, substitués, et essaye de retrouver cette mémoire perdue, voilée. Un certain nombre d'ouvrages littéraires du XXe siècle se font réceptacle de cette mémoire et de l'histoire qui l'entoure. Parmi ceux-ci nous souhaiterions citer Maps, écrit par Nuruddin Farah et Translations, par Brian Friel.

Tania Manca

Astrolabe N° 27

« Nous voyagions pour notre curiosité ». Ainsi Jean-François Regnard commence le récit de ses voyages dans le Nord de l'Europe en 1681. La singularité des « choses vues » et racontées de ces pays si lointains avait fait accuser le futur dramaturge de n'avoir point visité la Scandinavie et, en particulier, la Laponie, en basant cette dénonciation sur la vague du binôme « lointain = faux ». Sa captivité en terre algérienne, racontée dans La Provençale, s'insère dans un courant littéraire de relations sur la piraterie, typique du XVIIe siècle et riche en clichés, qui n'a pas amélioré la crédibilité qu'avait Regnard à son époque ni celle de ses ouvrages.

Alessandra Grillo
Astrolabe N° 26

Nous sommes tous, un jour ou l'autre, à notre insu ou ouvertement, l'appareil photo en bandoulière et le parapluie comme repère, des touristes. Le mot est connu et son histoire documentée, sa figure, cependant, est plus anonyme. Il est vrai qu'à l'image des jeunes aristocrates, parcourant l'Europe comme un livre à ciel ouvert, a succédé la famille Fenouillard ou, pour citer d'autres clichés plus proches de nous, les portraits tirés par Martin Parr. Sa réputation « d'idiot du voyage » invite à la discrétion.
Mais ces considérations ne peuvent faire oublier que le tourisme est, aujourd'hui une activité économique qui selon les cas est importante, incontournable voire essentielle. Du « commerce du voyage » héritée de l'âge classique, nous sommes depuis le XIXe siècle passé à son « industrie ». Se regroupant auprès des mêmes sites, reproduisant les mêmes itinéraires, adoptant un style de vie uniformisé, il reflète l'économie mondialisée née de l'ère industrielle.

Jean-François Guennoc

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